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Non, les opérateurs internet ne vont pas restreindre l'accès à Netflix et YouTube pour favoriser le télétravail

Netflix.

Netflix. - BFM Tech

Le confinement auquel se préparent les Français fait craindre une hausse du trafic sans précédent. Sans pour autant que l'accès à Netflix, YouTube ou autres sites de divertissement soit limité pour favoriser l'accès au télétravail.

À confinement exceptionnel, connexion Internet exceptionnelle. Alors qu'en ce stade 3 de l'épidémie de Covid-19, les écoles, collèges, lycées et universités sont fermés et que des millions de salariés basculent vers le télétravail, les opérateurs craignent une augmentation inédite du trafic. Le 15 mars, le JDD avançait une piste potentiellement à l'étude: limiter les connexions à Netflix, YouTube ou tout autre service de vidéo à la demande pour favoriser les services favorisant le travail à distance ou tout autre usage professionnel.

Une hausse continue et sur le long terme

Contacté par BFM Tech, Arthur Dreyfuss, président de la Fédération française des télécoms (et également directeur général d'Altice Media France, propriétaire de BFMTV), assure qu'il n'en est rien. La situation n'en représente pas moins un défi de taille pour les opérateurs.

"15.000 techniciens et ingénieurs sont actuellement mobilisés pour assurer le fonctionnement de réseaux indispensables à la vie et à l'économie du pays", explique-t-il. "La capacité des opérateurs à absorber des pics de consommation est importante mais nous ouvrons une nouvelle séquence exceptionnelle qui nous impose d'être très réactifs et très attentifs. Les pics auxquels nous sommes habitués vont se transformer en une hausse continue et sur le long terme. Il ne s'agit pas de gérer pour les prochains jours, mais pour les prochains mois", ajoute Arthur Dreyfuss.

"Limiter l'accès aux services de divertissement ne sert strictement à rien", commente Benjamin Bayart, expert en télécommunications et ancien Président de la FDN, le plus ancien fournisseur d'accès à Internet.

"Techniquement, c'est très pénible à réaliser et surtout prohibé. La neutralité du net implique que les opérateurs n'ont pas le droit de prioriser l'accès à tel ou tel service. Le fait qu’on leur ait interdit de le faire implique qu'ils ont réalisé tous les investissements nécessaires pour ne pas avoir à en arriver là".

Un "civisme numérique"

L'épidémie de Covid-19, et le confinement qu'elle implique, vont néanmoins bel et bien changer la donne pour les opérateurs. Des services Web pourraient par ailleurs céder, au cas par cas, sous le poids d'un afflux de connexions, ou subir d'importants ralentissements.

"Des YouTube et Netflix sont capables d'encaisser un lundi férié de mauvais temps, et donc des pics de connexion exceptionnels", juge Benjamin Bayart. "Il n'y aura pas de problème majeur pour ces grands services. Ce sont en revanche les plateformes de collaboration en ligne - des réunions en ligne au chat interne de l'entreprise - qui pourraient pâtir du télétravail à marche forcée, ainsi que les ENT (les plateformes de cours en ligne mises à disposition des élèves, ndlr.), alors que plus de 6 millions d'élèves vont y avoir recours."

"Nous entrons dans une ère de discipline sociale qui doit s'accompagner de responsabilité numérique", note ainsi Arthur Dreyfuss. Qu'implique cette forme de civisme numérique ? De moins recourir aux connexions mobiles 3G et 4G pour privilégier le Wi-Fi, qu'il s'agisse de regarder des films ou de jouer en ligne.

"Netflix et la consultation de contenus pornographiques occupent déjà une part significative du trafic", rappelle Alexandre Archambault, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies. "Si tout le monde y met du sien, on évitera de saturer les réseaux. Moins si tout le monde se met à envoyer des vidéos de chatons en 4K via les boucles de travail collaboratif".
https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech