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Les petits robots mignons peuvent manipuler vos enfants

Une équipe de chercheurs anglais démontre que les enfants peuvent être influencés par les robots. Les adultes eux, réussissent à résister.

Les robots peuvent influencer les enfants et ce, même quand ils ont tort, ont révélé mercredi des chercheurs de l’université de Plymouth en Angleterre dans la revue Science Robotics. Les scientifiques ont mené différents tests pour étudier l’emprise des robots sur les humains. Le constat est sans appel, les enfants sont plus sujets à croire et à faire confiance aux robots que leurs aînés. 

Les chercheurs de l’université de Plymouth ont reproduit l’expérience de Asch (1951), qui démontre le pouvoir du conformisme sur les décisions d’un individu au sein d’un groupe. L’expérience est simple, c’est un test de vision. Les participants doivent déterminer quelle ligne est la référence parmi les trois choix proposés.

A gauche, la ligne de référence et à droite, les différents choix proposés
A gauche, la ligne de référence et à droite, les différents choix proposés © Expérience de Asch

Quand une personne est seule, elle donne presque toujours la bonne réponse. Dans l’expérience classique, trois complices rejoignent le "vrai' participant et donnent une mauvaise réponse. Très souvent, la personne se conforme à leur réponse.

Les enfants font confiance aux robots

Cette fois, les chercheurs ont fait le test sur des adultes et sur des enfants, âgés de 7 à 9 ans. Mais à la place des complices, ils ont installé des robots. Résultat, "les adultes ne succombent pas à la pression des robots, les enfants si", analyse Tony Belpaeme, professeur de robotique qui a co-dirigé l'équipe d'étude.

L'enfant entouré des robots pendant l'expérience
L'enfant entouré des robots pendant l'expérience © Tony Belpaeme / Ghent University

L’enfant seul fait le bon choix 87% du temps. En présence des robots qui donnent volontairement la mauvaise réponse, cette statistique tombe à 75%. Et quasiment toutes les mauvaises réponses données par les enfants correspondent à celle que les robots avaient formulée. 

Sur ce point, l'étude manque de rigueur. On ne connaît pas le cadre de vie des enfants interrogés: sont-ils déjà en contact avec des objets technologiques chez eux? Savent-ils lire ou écrire? "Il aurait été intéressant de comparer les résultats obtenus avec les enfants de 5-7 ans avec ceux d'adolescents", note pour BFM Tech Anne Cordier, maîtresse de conférence en science de l’information et de la communication à l’université de Rouen.

Un enfant considère le robot comme un personnage

"Le résultat de l'étude n'a rien de surprenant!", commente la spécialiste. "Les robots utilisés pour l'expérience sont profondément sympathiques. Ce sont des peluches vivantes et les enfants interrogés sont vraiment petits. A 5-7 ans, ils n'ont pas de pouvoir d'abstraction (qui permet de distinguer l'abstrait et le concret, ndlr)", poursuit Anne Cordier. 

L'enfant considère le robot comme une source de savoir car on le présente comme tel à la télévision notamment. Les adultes sont méfiants car ils savent que les machines sont programmées.

"L'enfant a des connaissances plus fragiles. Il n'a pas de grandes certitudes sur son savoir. Il se dit que le robot a forcément raison et que c'est lui qui a mal compris quelque chose", précise Anne Cordier.

L’étude des scientifiques anglais peut en tout cas servir de piqûre de rappel. Un enfant peut facilement croire un robot et donc, potentiellement, se faire influencer par des annonceurs. La relation qu'un enfant entretient avec un objet du numérique -un robot ou même une enceinte intelligente- doit impérativement être surveillée. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech