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Les Etats-Unis encadrent le futur des voitures autonomes

La F015, sans doute l'un des plus jolis concept-car autonomes

La F015, sans doute l'un des plus jolis concept-car autonomes - Mercedes

Intelligence, équipement, sécurité, réaction… le ministère américain des transports et l'agence en charge des infrastructures routières a publié une sorte de cahier des charges en 15 points auquel les constructeurs de véhicules autonomes devront se plier.

Alors même que Barack Obama déclarait il y a quelques jours que les voitures autonomes, sans conducteur humain, pourraient sauver des milliers de vies chaque année, les États-Unis avancent à pas de géant sur le sujet de la voiture autonome. Alors que les acteurs et constructeurs américains aiment à faire parler de leurs progrès et de leurs exploits, le gouvernement fédéral vient de publier une sorte de "guide" ou "cahier des charges", comprenant 15 points que les constructeurs de véhicules autonomes se devront de respecter.

Fixer le cadre...

S’il existe d’ores et déjà des contraintes techniques dans la création d’un véhicule autonome de test, telle que la redondance de capteurs (si l’un est défaillant, un autre doit pouvoir prendre le relai pour assurer la fonction), le guide mis en place par le DOT (Departement Of Transportation) et la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) couche noir sur blanc tout le cadre légal. Et cela concerne tous les véhicules, de la voiture, aux bus et camions de transport. Pour l’heure, ce cahier des charges compte quinze points, mais le département des transports précise d’ores et déjà qu’il sera mis à jour tous les ans si nécessaire.

... pour délivrer des homologations

Les constructeurs devront fournir une documentation qui leur permettra de prouver qu’ils ont bien pris en compte ces quinze critères. Les points abordés sont assez larges. Évidemment, l’un d’eux fixe le lieu d’utilisation de la voiture autonome : sur quelle route ? Dans quel état ? Jusqu'à quelle vitesse ?

Un autre aborde les dispositifs de sécurité mis en place dans une voiture autonome. Les constructeurs pourront en effet envisager des intérieurs avec des sièges face à face, comme dans un salon par exemple, mais les passagers devront rester attachés. Chacun devra aussi donner les détails de l’interface personne-machine, ou en tout cas comment faire dialoguer le véhicule autonome avec ses passagers. Un autre point concerne la collecte des informations de la voiture. Celles-ci devront rester accessibles en vue d’être analysées après un accident, notamment. Sur le même sujet, les constructeurs devront décrire comment leur véhicule peut être restauré ou réinitialisé après un accident.

L'intérieur de la F015
L'intérieur de la F015 © Mercedes

Le sujet du piratage n’est évidemment pas oublié, et les constructeurs devront prouver qu’ils ont fait le nécessaire pour que les voitures ne soient pas "des passoires" en la matière. Et puis, cela coule de source, il faudra que la voiture autonome respecte le code de la route et soit capable d’anticiper les difficultés de la circulation, comme les priorités, les embouteillages, etc.

Enfin, la DOT et NHTSA n’ont pas oublié non plus la partie intelligence au sens humain du terme. En l’occurrence, les constructeurs devront expliquer comment leur véhicule se comporte en cas de danger sur la route. Un dernier point qui mériterait plus de précision.

En effet, l’un des problèmes "éthiques" de la voiture autonome est de savoir ce qu’elle fera alors qu’elle roule avec des passagers à son bord (par exemple) et qu’elle ne peut s’arrêter face à une foule de piétons qui surgit devant elle. On ignore encore si, comme un conducteur humain, elle sera capable de piler, tenter d’esquiver la foule quitte à se "sacrifier" pour éviter un maximum de victimes. Une question que nous avons posée à James McBride, en charge du projet voiture autonome chez Ford, qui n’a pas franchement de réponse.

L’intégralité des quinze points à respecter est disponible en ligne. On y trouve également les obligations qui incombent cette fois-ci à l’État, telles que la mise à disposition de tronçons de routes pour faire les essais, la création d’assurances et de permis spéciaux pour les phases de tests, mais aussi la possibilité d’enregistrer le véhicule autonome pour qu’il dispose d’une immatriculation spécifique. En effet, en France celles-ci disposent d'ores et déjà des fameuses plaques "W garage étendu".

En définitive, cette montée en puissance du gouvernement fédéral américain sur la question est motivée par plusieurs points. Il entend, d'une part, former un cadre unique et fédéral, afin d'éviter un morcellement de la réglementation au niveau des différents états, ce qui est le cas pour l'heure. D'autre part, il souhaite clairement rétablir un équilibre en opposant une base réglementaire aux avancées des constructeurs et de la Silicon Valley, qui sont conscients du besoin de cadrage mais veulent avancer.

C'est en tout cas la preuve que l'Etat américain est convaincu que la voiture autonome est la solution d'avenir - avec les enjeux économiques et sociétaux que cela implique - et qu'elle est beaucoup plus fiable qu’un conducteur humain. Ce à quoi nous pourrions répondre - avec une once de mauvaise foi - que tout dépend du conducteur…

pendant ce temps, en france...

L'Hexagone est loin d'être dépourvu d'intérêts pour les voitures autonomes. Les constructeurs fourbissent leurs armes et les nombreux acteurs nationaux de pointe sont déjà très avancés dans le domaine. L'exécutif commence également à prendre position. Ainsi, en août dernier, le conseil des ministres déclarait qu’il autorisait désormais les essais sur les routes de France, bien que le cadre réglementaire soit encore à définir. Si cela ne saurait tarder, il est clair qu'en France, les méthodes de communication dans ce domaine sont… beaucoup plus discrètes. Pourtant les bureaux de R&D sont très actifs.

David Nogueira