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Les 5 nouvelles technos qui vont booster l’armée du futur

La technologie "Nocturn", embarquée sur des jumelles, permet de restituer les couleurs la nuit.

La technologie "Nocturn", embarquée sur des jumelles, permet de restituer les couleurs la nuit. - 01net.com

Intelligence artificielle embarquée dans les caméras, bouchons d’oreille intelligents, vision à travers les murs... la Direction Générale de l’Armement vient de présenter ses dernières innovations high-tech.

Quel sera l'équipement du soldat du futur ? La Direction générale de l'Armement répond à cette question chaque année lors de son Forum de l'innovation où sont présentés tous les projets technos qu'elle finance. On fait le point sur la dernière édition qui s'est tenue les 23 et 24 novembre.

Nocturn, pour restituer les couleurs la nuit

Nocturn, la technologie qui permet de restituer les couleurs la nuit.
Nocturn, la technologie qui permet de restituer les couleurs la nuit. © 01net.com

C’est l’histoire d’une success story. La société Photonis a développé Kameleon, un capteur ultra-sensible doublé d’un filtre colorimétrique, à embarquer dans des caméras ou des jumelles pour restituer les couleurs la nuit. Ce qui permet de fournir des informations supplémentaires par rapport aux caméras infrarouges de vision nocturne utilisées jusqu’à maintenant et dont les images sont monochromes.

L’innovation a séduit les forces spéciales américaines et françaises et équipe aujourd’hui les chars de l’armée allemande pour aider à la conduite de nuit. Rebaptisé Nocturn, le capteur s’apprête maintenant à attaquer le marché civil. "De nombreuses applications sont possibles", avance Damien Letexier, ingénieur R&D pour Photonis. "Notre capteur est déjà utilisé actuellement pour la surveillance des chantiers, mais il pourrait aussi bien équiper des drones, être intégré dans les casques des pilotes d’hélicoptères, à bord des voitures autonomes pour distinguer les couleurs des panneaux de signalisation, ou encore dans les opérations de sauvetage en mer et en montagne pour mieux distinguer les personnes", complète-t-il.

Bang, le bouchon d’oreille communicant

Bang, le bouchon d'oreille nouvelle génération.
Bang, le bouchon d'oreille nouvelle génération. © 01net.com

Bang est un bouchon d’oreille nouvelle génération capable de préserver l’ouïe du soldat. "Le dispositif se compose d’un bouchon d’oreille fait sur mesure en impression 3D afin d’atténuer l’environnement sonore ambiant. Il comprend un microphone pour amplifier les voix et un haut-parleur pour que le soldat puisse communiquer avec l'extérieur", nous explique Pascal Hamery, de l'Institut franco-allemand de Saint-Louis qui a développé les algorithmes. "Un deuxième microphone placé dans la nappe diffuse un contre-bruit en opposition de phase et se déclenche automatiquement lorsque retentit un bruit de fort niveau continu, bref ou assourdissant", ajoute-t-il.

Le tout est complété par un boîtier à porter sur soi intégrant une batterie dont l'autonomie serait d’une journée. Ce boîtier embarque les commandes permettant de diffuser les signaux sonores entrants et sortants. Bang permet au final d’être protégé, sans être coupé de son environnement sonore. Idéal pour les conducteurs de véhicules militaires et les fantassins. Mais ce n’est encore qu’un prototype expérimenté en laboratoire. Il doit être testé l’année prochaine sur le terrain par les militaires. "Nous préparons aussi déjà une version grand public que nous présenterons lors du prochaine CES de Las Vegas", annonce Gwénolé Nexer du Laboratoire Cotral qui a conçu le matériel. "Le produit sera destiné aux grands voyageurs qui veulent dormir en transports, se concentrer dans un milieu bruyant ou encore bénéficier d’une traduction instantanée", détaille-t-il.

Axone, la caméra qui embarque de l'intelligence artificielle

Axiome, la caméra qui embarque de l'intelligence artificielle directement sur le composant.
Axiome, la caméra qui embarque de l'intelligence artificielle directement sur le composant. © 01net.com

Jusqu’à maintenant, la vidéosurveillance, c’était du matériel – une caméra- et un logiciel pour traiter l’image sur un ordinateur. La société GlobalSensing se démarque en proposant un tout-en-un. Axone est une caméra avec de l’intelligence artificielle directement embarquée dans le composant. "Tous les traitements qui peuvent être faits sous forme informatique sont rapportés sur ce petit module de 50 mm de côté, qui fonctionne en temps réel et à 30 images par seconde", observe Michel Paindavoine, de la société Globalsensing.

"On peut l’alimenter juste avec une petite batterie et le faire tourner pendant plusieurs jours sans être obligé de le recharger parce que la consommation d’énergie est très faible", ajoute-t-il. La compression de l’information est énorme, le système n’utilisant seulement quelques centaines d’octets par images au lieu de plusieurs centaines de kilo-octets voire mega-octets dans avec un traitement ordinaire. Et le dispositif est simple à installer puisqu’il suffit de poser le capteur.

La caméra Axome, développée avec l’aide de l’ISL, devrait être commercialisée au deuxième semestre 2017. Les applications attendues sont classiques en matière de vidéosurveillance intelligente : détection de personnes, objets ou véhicules dans des lieux non autorisés, comptage de personnes et de véhicules.

Tridan pour traduire automatiquement des textes arabes

Le système de traduction Tridan.
Le système de traduction Tridan. © 01net.com

Dans un numéro assez édifiant du magazine Spécial Investigation diffusé au mois de mai dernier sur Canal+, un colonel de gendarmerie avouait ne disposer d’aucun agent arabophone pour surveiller les cyber-djihadistes sur le web et avoir recours à Google Trad pour traduire les textes de l’arabe au français. Airbus travaille à un projet, Tridan, qui devrait mettre fin à ces approximations. L’objectif est de pouvoir traduire les textes arabes en français, qu’il s’agisse d’une vidéo avec texte, d’une version papier, en ligne, scannée, photographiée, manuscrite ou dactylographiée. Le tout sans connexion Internet.

La plateforme s’utilise en formulant une requête en français dans un texte en arabe. "Tridan recherche des mots-clés, des métadonnées, des entités nommées ou encore des évènements", nous explique Bruno Grilheres d’Airbus Defence and Space qui pilote le projet. Les résultats alimentent ensuite une base de données où sont indexés tous les textes. Le but premier est de pouvoir utiliser Tridan dans le domaine de la surveillance et de l’interception légale, sur le théâtre d’opérations ou lors de contrôles aux frontières. Au niveau civil, les concepteurs de Tridan espèrent bien étendre leur système à d’autres couples de langues que l’arabe/français et le proposer à des agences de traduction ou dans le cadre de reprises d’archives administratives, industrielles ou historiques.

Un radar pour voir à travers un mur

Exercice de prise d'otages par la gendarmerie en 2016.
Exercice de prise d'otages par la gendarmerie en 2016. © DAMIEN MEYER / AFP

Lors d’une prise d’otages, il est difficile de savoir précisément où se trouvent les assaillants s’ils sont retranchés dans un bâtiment. On peut toujours utiliser des caméras infrarouges ou des capteurs thermiques, mais uniquement avec une portée confortable. Sur une courte distance, impossible de pénétrer le secret d’un mur en béton. "On peut détecter une personne qui a déjà bougé, mais pas distinguer quelqu’un des objets qui l'entourent, s'il reste immobile", avance Vincent Mérelle, doctorant à l’Université de la Rochelle. Ce dernier consacre une thèse à la conception de radars pour la vision à travers les milieux opaques. Son idée est de capter les micro-mouvements provoqués par la respiration.

Le dispositif ne comporte que quatre antennes radio pour rester transportable. Ces dernières émettent sur une bande de fréquence de 4 GHz. La localisation offrirait une précision de l’ordre de 30 centimètres. En dehors des attaques terroristes, des actes de guérilla urbaine avec des snipers camouflés, il est envisageable d’utiliser ce type de radar pour retrouver des personnes accidentées après des sinistres, lorsqu’elles sont ensevelies sous des décombres, par exemple.