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Le web, nouveau champ de bataille antiterroriste

Manuel Valls, a appelé mardi sur BFMTV concernant la menace terroriste en France, à la vigilance “à la fois sur la blogosphère, sur Internet, sur les propos qui sont tenus”

Manuel Valls, a appelé mardi sur BFMTV concernant la menace terroriste en France, à la vigilance “à la fois sur la blogosphère, sur Internet, sur les propos qui sont tenus” - -

Manuel Valls a indiqué mardi suivre la menace terroriste de près "à la fois sur la blogosphère et sur Internet". Comment la France organise-t-elle sa cybersurveillance ? BFMTV.com fait le point.

La menace terroriste ne se combat pas qu'au Mali. Invité de BFMTV mardi matin, Manuel Valls a appelé à la vigilance "à la fois sur la blogosphère, sur Internet, sur les propos qui sont tenus". Qui est chargé de surveiller les échanges dans la cybersphère ? De quel arsenal législatif la France dispose-t-elle pour lutter contre des terroristes potentiels ? Le point avec Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement.

• Quelle est la nature de la menace terroriste sur Internet ?

Parler de cyberterrorisme est un "abus de langage", selon Eric Denécé, pour qui le "cyberterrorisme n’existe pas". Il s’agit ainsi de différencier le "cybersabotage" ou “attaques cybernétiques", que sont les attaques de banques et autres attaques visant des sites, de la "communication des individus sur Internet", évoquée par Manuel Valls. Internet sert au recrutement et à la communication, via les mails, les sites, les blogs et les réseaux sociaux.

• Qui surveille les sites, blogs, réseaux sociaux ?

La surveillance d’Internet est assurée par les services de renseignements, la DCRI "qui surveille plutôt les sites français", mais aussi la DGSE. "Ces deux services suivent de très près tout ce qui passe sur les réseaux sociaux et plus largement sur Internet, pour essayer de déceler la préparation d’attentats terroristes ou de menaces contre la France."

• Comment procèdent les services de renseignement ?

Il y a un suivi permanent des sites islamistes radicaux. Des spécialistes d’Internet et des technologies de la communication font du "tracking électronique", suivant les personnes qui viennent se connecter aux sites, relèvent leur adresse IP, puis remontent leur piste. Ils peuvent ainsi savoir qui se cache derrière des comptes fictifs et des pseudonymes, établir avec qui ces personnes sont en relation, afin de reconstituer des réseaux d’activistes.

• Quel est l’arsenal législatif existant pour traquer les terroristes ?

La loi Loppsi 2 (Loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) comporte un volet pour lutter contre la cybercriminalité.

L’article 34 autorise notamment les membres des services spécialisés à "participer sous un pseudonyme aux échanges électroniques, à être en contact avec les personnes susceptibles d'être les auteurs de ces infractions et à extraire, acquérir ou conserver par ce moyen les éléments de preuve et les données".

L'arsenal législatif récent (voir le point ci-dessous) permet aussi la surveillance des données de connexion Internet et géolocalisation.

• Quels sont les moyens de répression ?

Reprenant la proposition de Nicolas Sarkozy, qui promettait au moment de l'afaire merah de punir "toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme", Manuel Valls a présenté le 3 octobre dernier un projet de loi allant dans le même sens. Celui-ci a été adopté d'abord par le Sénat, puis par l'Assemblée nationale, fin 2012.

Il punit de "deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende le fait de consulter de façon habituelle un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages, soit provoquant directement à des actes de terrorisme, soit faisant l'apologie de ces actes".