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L'application StopCovid fait l’objet d'un bras de fer entre le gouvernement et Apple

La sortie de l'application StopCovid est attendue sous deux à cinq semaines.

La sortie de l'application StopCovid est attendue sous deux à cinq semaines. - Martin Bureau/ AFP

Pour rendre son application de traçage numérique efficace, le gouvernement se heurte à une contrainte technique imposée par Apple. Sur les iPhone, et pour des raisons de respect de vie privée, le Bluetooth ne peut être activé en permanence par défaut.

Le gouvernement arrivera-t-il à bout de son projet d'application de traçage numérique? Alors même que le lancement de StopCovid est prévu pour accompagner le déconfinement, à partir du 11 mai, plusieurs chantiers et questionnements restent encore en suspens. Le 20 avril, auditionné par la commission des lois du Sénat, le Secrétaire d'Etat au Numérique a fait part de l'un des principaux problèmes à surmonter d'ici ces prochaines semaines: les contraintes techniques imposées par Apple sur ses iPhone.

Le Bluetooth pour désaccord de fond

Pour des raisons de respect de la vie privée, Apple interdit depuis plusieurs années sur ses appareils l'activation du Bluetooth par défaut. Très concrètement, et dans les conditions actuelles, l'application StopCovid nécessiterait d'être ouverte et active en permanence, pour pouvoir avertir ses utilisateurs avec précision en cas de passage à proximité d'une personne contaminée par le Covid-19.

C'est pourquoi le gouvernement en appelle désormais au bon vouloir d'Apple. "Si Apple n’accepte pas de modifier ses critères techniques, l’application que nous construisons avec nos partenaires européens, notamment allemands, suisses et bientôt italiens, anglais et monégasques, ne sera jamais prête pour le 11 mai", a ainsi avancé Cédric O, d'après des propos rapportés par Le Figaro. Et sans l'aide d'Apple, "toute autre solution qui ne passerait pas par la modification des conditions de fonctionnement [de l'OS] serait une espèce de bricolage", déplore le Secrétaire d'Etat au numérique.

D'après Les Echos, des discussions ont été entamées entre le gouvernement et l'entreprise américaine sur le point spécifique du Bluetooth "depuis plusieurs jours", sans avoir porté leurs fruits jusqu'à présent. En allégeant les restrictions des iPhone, Apple risque de revenir sur ses valeurs et d'écorner son image de garant du respect de la vie privée.

Prochain rendez-vous le 28 avril

Surtout, le groupe a déjà fait part d'une solution de sortie: le 10 avril, Apple et Google, par une alliance inédite, ont indiqué travaillé conjointement à ce qui pourrait devenir le socle d'applications de traçage numérique. Leur plateforme, outre le fait de résoudre la question du Bluetooth, facilite par ailleurs les échanges d'informations entre iPhone et smartphones Android. Les deux entreprises représentent par ailleurs, et à elles deux, la quasi-totalité des systèmes d'exploitation des smartphones.

Qu'Apple cède ou non aux velléités du gouvernement, Cédric O indique rester ferme sur certains principes. L'application devra être utilisée sur la base d'un téléchargement "volontaire et sans aucune contrepartie", ainsi que sur la promesse d'une "anonymisation totale des données, qui ne seront connues ni de l’État ni de qui que ce soit". Ces mêmes données ne devront donner lieu à aucune liste de personnes contaminées, et être effacées sous deux à trois semaines. Prochain rendez-vous d'ampleur pour l'application: les 28 et 29 avril, à l'occasion de débats tenus sur le sujet à l'Assemblée nationale et au Sénat.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech