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Iran: sur Facebook et Instagram, le soutien au général Soleimani est interdit

Des Iraniens défilent en hommage à Ghassem Soleimani.

Des Iraniens défilent en hommage à Ghassem Soleimani. - ATTA KENARE / AFP

Après l'assassinat en Irak du Qassem Soleimani par une frappe américaine, des journalistes, militants des droits de l'homme ou encore influenceurs se plaignent de la suppression de leurs comptes Instagram. Tous avaient partagé du contenu lié à la mort du général iranien.

Ils avaient réagi à l'assassinat du général Qassem Soleimani, avant de voir leurs comptes suspendus. Une quinzaine de journalistes iraniens, d'après la Fédération internationale des journalistes, mais aussi des agences de presse affiliées au Corps des gardiens de la révolution islamique (telles que Tasnim News Agency, Iran Newspaper et Jamaran News) se plaignent de la suspension de leurs comptes Instagram respectifs, relate le site Coda.

La modération d'Instagram s'étend également aux comptes de militants des droits de l'homme, d'influenceurs ou tout simplement d'utilisateurs iraniens du réseau amenés à publier du contenu lié de près ou de loin au général. Instagram et sa société mère Facebook agissent de la sorte pour se conformer aux sanctions américaines, a déclaré un porte-parole de Facebook dans un communiqué à CNN Business le 10 janvier.

Il s'agit pour l'entreprise de bannir de son réseau tous les contenus associés à une activité terroriste. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), dont Soleimani dirigeait la branche extérieure, est considéré comme terroriste par les Etats-Unis. Instagram n'a donc fait que suivre la liste édictée par le ministère des affaires étrangères américain. Deux publications d'Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, ont par ailleurs été supprimées dans ce même cadre. 

24 millions d'iraniens sur Instagram

En guise de protestation, le gouvernement iranien a appelé à une action en justice contre Instagram. Un portail a été créé sur un site Web du gouvernement, afin de recueillir les signalements de suspensions de comptes sur le réseau, ou d'exemples de publications supprimées. Le 6 janvier, un porte-parole du gouvernement iranien avait déjà fustigé sur Twitter l'action "non démocratique et éhontée" du réseau, qui venait bloquer "la voix d'une nation innocente protestant contre l'assassinat du général Soleimani". 

Cette modération est également condamnée par la Fédération internationale des journalistes, qui rassemble 600.000 journalistes de 146 pays différents.

"Cette décision de Facebook obéit aux ordres d'un Etat, en l'occurrence les Etats-Unis. Ce qui est évidemment contraire aux fondamentaux de la liberté d'expression d'un côté (partisans de Soleimani), et à la liberté d'être informé de l'autre (le peuple iranien)", explique Anthony Bellanger, Secrétaire général de la fédération, auprès de BFM Tech.
"Facebook et Instagram ne sont pas des entreprises de presse, mais des sociétés privées relayant parfois des contenus journalistiques, et on touche là toutes les limites de la pertinence de ces réseaux sociaux. Ils se présentent là comme de véritables censeurs, "oubliant" l'intérêt public de l'information", complète-t-il. 

La suspension de comptes iraniens a d'autant plus d'importance qu'Instagram est l'une des rares plateformes de médias sociaux occidentales à ne pas être bloquée en Iran. Facebook et Twitter ne sont en effet pas accessibles dans le pays, à moins de recourir à un VPN, qui permet de simuler une connexion depuis un pays étranger. Avec 24 millions d’utilisateurs actifs en janvier, sur 80 millions d'habitants, l’Iran serait le septième pays au monde en nombre d’utilisateurs du réseau social.

Le règlement de Facebook et Instagram concernant le général Soleimani s'applique partout dans le monde, confirme l'entreprise à BFM Tech.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech