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Données de santé: l'AP-HP écarte la proposition de Palantir

L'hôpital Tenon, à Paris.

L'hôpital Tenon, à Paris. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Des pourparlers avaient été entamés entre Palantir et l'AP-HP, pour élaborer un outil numérique de suivi de l'épidémie de Covid-19. Les hôpitaux de Paris ont refusé la proposition du géant américain.

 Le débat est clos. L'AP-HP n'aura pas recours aux services de Palantir. Le géant américain de l'analyse de données était entré en contact avec les hôpitaux de Paris, pour mettre au point un outil de "lutte contre le virus", révélait Bloomberg début avril. À la clé, la possibilité de mieux suivre l'épidémie ou d'avoir un aperçu plus précis du stock de matériel médical, pour anticiper d'éventuelles pénuries.

"Nous vous confirmons avoir été contactés par Palantir mais nous n’avons pas donné suite. L’AP-HP ne travaille pas avec Palantir", commente sobrement l'AP-HP auprès de BFM Tech. L'institution indique par ailleurs regarder de très près les nombreuses sollicitations actuellement reçues, sans pour autant avoir jusqu'à présent jeté son dévolu sur l'une d'entre elles.

Un rôle clé en Angleterre et aux États-Unis

Palantir, fondée en 2004 aux États-Unis, fait valoir de très performantes solutions d'analyse de données, à même de clarifier l'information et de faire ressortir des recommandations ou conclusions invisibles à l’œil nu. L'entreprise a déjà fait ses preuves dans le secteur de la santé, en permettant à Haïti de mieux combattre une épidémie de choléra survenue il y a dix ans.

Dans le contexte de crise sanitaire actuel, l'entreprise collabore avec le NHS, le système de santé publique britannique, et a signé le 10 avril avec une autorité de santé américaine pour participer à sa manière à la lutte contre l'épidémie de coronavirus.

Palantir a noué plusieurs contrats avec des entreprises ou institutions françaises d'envergure. Airbus figure parmi ses clients, ainsi que la DGSI, depuis mai 2016, dans le cadre de la lutte antiterroriste. Le service de renseignement intérieur indiquait en fin d'année dernière auprès de L'Express avoir pu éviter des attentats grâce à la solution de l'entreprise américaine. D'où un renouvellement de leur contrat.

La société américaine reste néanmoins controversée en raison de sa proximité avec la CIA, qui l'a cofinancée à son lancement, mais aussi tout simplement de sa nationalité. Le Cloud Act américain oblige en effet les entreprises nationales à céder si nécessaire aux requêtes du gouvernement, pour accéder aux données en leur possession.

Le partenariat potentiel entre Palantir et l'AP-HP, et l'accès à des informations aussi sensibles que les données de santé, faisaient ainsi craindre une perte de souveraineté côté français, voire un manque de respect du secret médical. "La solution de Palantir n'est pas retenue et c'est probablement une bonne décision pour le secteur de la santé, voire tout simplement pour notre souveraineté", commente Sébastien Garnault, fondateur du collectif CyberTaskForce, qui met en relation des décideurs publics et privés sur des enjeux de transformation numérique.

"Mais cela ne doit pas nous pousser à ne pas mettre à profit la technologie dans le secteur de la santé. Dans l'urgence actuelle, elle représente plus que jamais un gain de temps, et donc un gain de temps médical", poursuit-il. Palantir n'en devrait pas moins ressortir grandi de cette crise sanitaire. D'après des estimations transmises à CNBC, le groupe table sur un chiffre d'affaires d'un milliard de dollars en 2020. Soit 35% de plus que l'année précédente.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech