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Comment l’Europe compte construire son autoroute spatiale de l’information

Le système EDRS reposera sur une constellation de satellites géostationnaires.

Le système EDRS reposera sur une constellation de satellites géostationnaires. - Airbus Defence and Space

Un premier satellite va être lancé mercredi 27 janvier dans le cadre du programme SpaceDataHighway. Ses liaisons très haut débit pourraient atteindre une vitesse de 1,8 Gbits/s. Et permettre ainsi de transférer vers la Terre une quantité gigantesque de données.

Un jour, on pourra peut-être éviter les naufrages de migrants lâchés en pleine mer sur des embarcations de fortune. Grâce à des satellites qui transmettront sans temps de latence et en très haute définition des images de surveillance maritime. Le premier de ce genre, répondant au doux nom d’Eutelsat 9B, va être lancé ce 27 janvier à 23h19 (heure de Paris) depuis Baïkonour.

Cet engin de cinq tonnese opéré par Eutelsat embarquera à son bord un terminal de communication laser et une liaison inter-satellite qui vont constituer le noyau initial du programme EDRS (European Data Relay System) mené par l’Agence spatiale européenne (ESA) en coopération avec le groupe privé Airbus Defence and Space.

Baptisé plus communément SpaceDataHighway, ce projet vise à constituer une constellation de satellites placés en orbite géostationnaire. Grâce à leur technologie laser, ces derniers serviront de relai pour transmettre à des stations au sol les informations récoltées par des satellites d’observation, des drones, une station spatiale ou encore des avions. "Le système devrait être opérationnel à l’été 2016", annonçait Evert Dudok, directeur de la communication, de l'intelligence et de la sécurité d'Airbus, lors d’une conférence de presse à Paris le 15 janvier dernier.

Les satellites d'EDRS serviront de relais entre des stations au sol et des satellites, des drones ou des avions d'observation.
Les satellites d'EDRS serviront de relais entre des stations au sol et des satellites, des drones ou des avions d'observation. © Airbus Defence and Space

En novembre 2014, nous vous avions parlé d’une première expérimentation qui avait prouvé la faisabilité du projet. Des images avaient alors été téléchargées entre deux satellites grâce à une liaison laser gigabit. Le débit avait atteint la vitesse de 0,6 Gigabit/s. Depuis, l’ESA a relevé ses ambitions et est confiante dans le fait de pouvoir atteindre une vitesse de 1,8 Gbits/s. Ce qui permettrait de transférer jusqu’à 50 téraoctets de données par jour.

Le terminal de communication laser embarqué par le premier satellite.
Le terminal de communication laser embarqué par le premier satellite. © -

Aujourd’hui, il faut plusieurs heures pour envoyer de la data de l’espace vers la Terre. "Des vielles informations n’apportent aucune aide. Elles peuvent même s’avérer dangereuses dans certains cas", soulignait le 15 janvier dernier Magali Vaissière, la directrice des télécommunications et des applications intégrées à l'ESA. Avec ce nouveau système, cela prendra moins de vingt minutes. "Ce qui ouvre la voie à l’exploitation de données de type Big Data ", s’enthousiasmait le même jour Gerd Gruppe, directeur de l'administration spatiale au DLR (le centre aérospatial allemand qui pilotes les stations au sol et le centre de contrôle de l'EDRS) .

Cette autoroute spatiale de l’information sera d’abord utilisée par les satellites du programme d’observation de la Terre Copernicus. Les applications pourront donc concerner aussi bien des secours d’urgence, que l'environnement ou la surveillance. On pourra cartographier, par exemple, la fonte des glaces ou le déversement accidentel de pétrole dans la mer et observer les mouvements aux frontières. Mais de nombreuses autres usages commerciaux sont possibles à terme.

Le premier satellite lancé ce 27 janvier ne couvrira que l’Europe, l’Afrique, l’Amérique Latine, le Moyen-orient et la côté est Nord-Américaine. Un deuxième sera lancé en 2017, puis un troisième en 2020 avec l’ambition de couvrir toute la planète.