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Cantines scolaires : les fournisseurs de biométrie se frottent les mains

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De plus en plus d’établissements devraient se laisser séduire par les systèmes de reconnaissance des contours de la main, d’autant plus que le nombre de familles qui s’y opposent est faible.

Depuis le 29 juin dernier, Pierre Benguigui a le cœur léger. Ce jour-là, le gérant de la société Alise a été débarrassé d’un énorme caillou dans la chaussure, à savoir le projet de loi du sénateur Gaëtan Force. En 2014, cet élu était parti en guerre contre les systèmes de contrôle d’accès biométriques dans les cantines d’écoles, estimant qu’un tel dispositif était disproportionné pour la restauration collective. Il souhaitait que ce type de technologie soit réservé au seul domaine de la sécurité. Il a déposé un projet de loi en ce sens, mais au final son amendement n’a pas été retenu par la Commission mixte paritaire, lors de sa session fin juin dernier.

"En renonçant à cette disposition, le Parlement autorise de facto l'usage de la biométrie pour réguler l'accès à une cantine scolaire, une piscine municipale ou un atelier. Cette dérive est lourde de menaces dans la mesure où elle conduit à admettre qu'un élément tiré du corps humain (les empreintes digitales, l'iris de l'œil, etc.) puisse servir d'instrument de contrôle. Cette banalisation du recours à la biométrie induira aussi l'acceptation de nouveaux comportements jusqu'alors exigés par les seuls services de police. C'est à une domestication de l'individu par la technologie que nous sommes malheureusement en train d'assister", estime-t-il sur son blog.

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Mais dans les faits, la situation semble beaucoup moins dramatique. Comment est-ce que cela fonctionne? Une borne d'accès, située à l'entrée du restaurant, est relié à un lecteur biométrique qui contient une base de données dans laquelle figurent les "gabarits biométriques", c'est-à-dire l'image de la main de chaque élève. A chaque passage, celui-ci saisit un code identifiant sur un clavier numérique, puis il place sa main sur l'appareil de lecture qui va vérifier qu'elle correspond bien au code renseigné.

Des données peu critiques

M. Benguigui souligne que ces équipements ne stockent pas d’empreintes digitales, mais seulement les contours de la main. Selon lui, ces données seraient moins critiques car périssables dans la mesure où - pour des enfants et des adolescents - le gabarit des mains change avec le temps. "Au bout de deux mois, cette information est déjà obsolète", ajoute le dirigeant. Par ailleurs, ce système biométrique apporterait beaucoup d’avantages. Il éviterait les situations de fraude ou de racket et supprimerait les tracasseries quotidiennes liées aux pertes et aux oublis de cartes. Enfin, il permettrait de réaliser des économies car l’établissement n’a pas besoin de commander de nouveaux lots de cartes à chaque rentrée. "Sachant qu'une carte neuve coûte environ deux euros, ce système est rentable à partir de 200 élèves, car le coût d’un tel équipement biométrique n'est que de 400 euros", explique le gérant.

En tous les cas, les familles ne semblent pas s’opposer à cette technologie. Selon Alise, seul 1 à 3 % des parents refusent l’accès biométrique pour leur progéniture, au profit du système à cartes. A ce jour, Alise a déjà équipé 615 établissements. "Maintenant que cette épée de Damoclès législative est levée, bien d’autres devraient sauter le pas d’ici à la rentrée prochaine", espère M. Benguigui. Dans ce cas, l'établissement devra obligatoirement faire une déclaration auprès de la CNIL. Et quoi qu'il arrive, les parents pourront toujours refuser que leur enfant utilise un tel système.