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Alain Juppé : "Je veux faire du numérique une priorité de mon mandat"

Alain Juppé, le 22 septembre 2016.

Alain Juppé, le 22 septembre 2016. - Guillaume Souvant - AFP

Le candidat à la primaire des Républicains n'est pas un geek mais il propose un programme numérique sérieux et détaillé. Un coup de vis sécuritaire sur le web reste cependant à redouter.

Cocasse. Interrogé il y a quelques jours par l’émission Le Quotidien sur ses tweets, Alain Juppé déclare qu’il aime parsemer ses messages de "cookies". En fait, il veut parler d’"emojis" mais en ignore le nom ! Une jolie bourde qui montre bien à quel point l'homme politique est étranger à la culture web.

Né en 1945, l’énarque n’a pas grandi avec un ordinateur dans les mains et a mis du temps avant de se frotter aux réseaux sociaux… par obligation. Mais il a fini par apprécier Twitter, sur lequel il poste lui-même une partie des messages depuis son smartphone. Et surtout, il reste très attaché à son blog qu’il anime depuis 2003 mais dont le titre Blog Notes apparaît quelque peu désuet. "C'est un espace que j’apprécie beaucoup, qui me permet de prendre de la hauteur sur l’actualité. C’est d’ailleurs sur mon blog que j’ai annoncé ma déclaration de candidature", nous a-t-il confié.

Durant ses nombreuses et éminentes fonctions gouvernementales -Budget, Affaires Etrangères, Premier ministre, Ecologie, Défense-, il n’a jamais eu non plus à nouer des contacts avec le secteur high-tech. Autant dire qu'il ne part pas favori pour obtenir la palme du plus techno des candidats à la primaire des Républicains. Sa force ? Il est très bien entouré !

Son atout web : Eve Zuckerman

Derrière Alain Juppé, il y a son "social media manager" Félix Raymond Colonna, qui diffuse ses messages politiques sur les réseaux sociaux pendant les déplacements et divers événements. Et surtout Eve Zuckerman, à la tête de l'équipe digitale, chargée de convaincre les Français de soutenir l'homme politique et de mobilier au maximum ceux qui sont déjà conquis. Cette franco-américaine a travaillé pour la dernière campagne présidentielle d'Obama et celle du maire de Chicago Rahm Emanuel. Rompue aux logiciels de campagne comme Nation Builder, elle a donné un sérieux coup de jeune à la stratégie numérique de Juppé, notamment en multipliant les teasers vidéo. Résultat ? Le candidat a gagné en audience sur les réseaux sociaux. Malgré ses modestes 158 000 abonnés sur Facebook, ses messages sont beaucoup repris et commentés par les internautes. Même chose sur Twitter où il compte le nombre enviable de 430 000 followers.

Un champion de la com' numérique ?

Le plus joli coup de com' d'Alain Juppé concernant le numérique, c'est sa visite du chantier de la Halle Freyssinet le 28 septembre dernier. Il s'y est affiché avec populaire entrepreneur de la tech et des télécoms Xavier Niel, qui veut faire de ce site le plus grand campus de start-ups du monde sous le nom de Station F. C'est depuis ce lieu hautement symbolique qu’Alain Juppé a lancé un cahier numérique qui comporte 10 grandes orientations.

Parmi elles, on retiendra des mesures fiscales pour favoriser les business angels et soutenir les start-ups, un assouplissement du droit du travail censé faciliter les embauches dans l’économie collaborative, le développement du statut d’auto-entrepreneur et une enveloppe supplémentaire pour accélérer la numérisation des PME. Passons sur le vœu pieux partagé par tous les candidats d’introduire davantage de numérique à l’école et la volonté partagée avec NKM d’impliquer les citoyens dans un mouvement « civitech » avec une plateforme collaborative pour que les citoyens puissent adresser des pétitions au gouvernement sur le modèle de ce qui se fait aux Etats-Unis.

Alain Juppé est l'un des seuls à détailler les moyens de faire accéder plus de Français au très haut débit et de renforcer la cybersécurité. Et le candidat de promettre: "Je suis résolu à faire du numérique une ambition majeure de mon mandat".

Là où l'enthousiasme retombe, c'est quand on prend connaissance du volet sécuritaire de son programme. Les nouvelles technologies y sont vues aussi comme un outil pour lutter contre le terrorisme. Citons pêle-mêle le recours à davantage de biométrie, de reconnaissance comportementale et faciale, le fait d'imposer aux opérateurs télécoms de fournir des clés de déchiffrement de logiciels cryptés utilisés par les terroristes, ou encore l'idée de sanctionner les consultations de sites djihadistes.

Alain Juppé réfléchit également à l'obligation d'installer des portes dérobées sur le matériel informatique. Mais ne tranche pas encore. "Il faut continuer à travailler sur ces sujets avec les experts de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, et du Conseil national du numérique. On doit trouver une solution, un équilibre acceptable entre la protection des libertés et la préservation de notre sécurité". Une façon de tempérer les élans pour le tout-sécuritaire.

Sa présence sur les réseaux sociaux : Alain Juppé est présent sur Facebook (près de 160 000 followers), Twitter (plus de 431 000 abonnés) et Linkedin.

Son coup d'éclat sur le web : son équipe a détourné le site de soutien à François Hollande, "Notre idée de la France" lancée en septembre dernier. Elle a aussitôt répliqué avec le site parodique "Votre idée de la France" qui fustige le bilan de François Hollande.

Sa bourde sur le web : "En juin, un jeune homme de 17 ans voulant faire une blague a créé l’image d’un faux tweet en mon nom. J’ai réagi trop vite en tweetant que je porterai plainte. Les choses ont été arrangées à l’amiable en fin de compte", regrette Alain Juppé.