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Twitter présente un journal français comme “affilié à la Russie”

Capture d'écran du compte Twitter de Ruptures

Capture d'écran du compte Twitter de Ruptures - BFMTV.COM

Le réseau social a ajouté une mention jugée mensongère au profil Twitter de Ruptures, un mensuel français qui se revendique pourtant indépendant.

Pierre Levy, fondateur et rédacteur en chef du mensuel Ruptures, ne comprend toujours pas. Le 7 septembre dernier, le compte Twitter associé au média qu’il dirige se voyait affublé d’une précision rédigée par le réseau social: “Média affilié à un État, Russie”. Sauf que Pierre Levy assure n’avoir aucun lien avec le gouvernement russe.

Comme le précise le site de Ruptures - et le rappelle Pierre Levy à BFMTV, dont le magazine éponyme a été fondé en 2004, les ressources de l’entreprise (immatriculée à Paris) ne proviennent que des quelque 10.000 abonnés, ainsi qu’à des dons sporadiques de lecteurs. A ses yeux, cette mention apposée par Twitter est donc diffamatoire.

Aucun retour de Twitter

“Cette affirmation porte atteinte à notre indépendance, pas seulement vis-à-vis de la Russie, mais de manière générale. C’est toute la problématique des réseaux sociaux et de ceux qui tentent de les réglementer. Twitter est-il légitime pour décider de ce qui doit être publié ou non, ou de ce qui doit être pointé du doigt ou non?” regrette Pierre Levy auprès de BFMTV.

Dès le 7 septembre, le compte de Ruptures a interpellé publiquement la direction de Twitter France, avant de tenter de faire appel de la décision par les outils du réseau social, puis en envoyant un courrier recommandé. Un mois plus tard, aucune réponse n’a été apportée par l’entreprise américaine.

Les premières inscriptions de ce type remontent au mois d’août dernier. Twitter a alors dévoilé une nouvelle politique de “transparence”, ajoutant des labels spécifiques aux comptes associés à des responsables gouvernementaux (par exemple un ministre ou un ambassadeur), mais également aux comptes de médias qui seraient eux-mêmes associés à des État. Un choix qui n'est pas anodectique, puisqu'il a aussi pour effet de limiter la portée de leur publication.

Des critères plutôt flous

“Les médias affiliés à un État sont définis comme des médias dans lesquels l'État exerce un contrôle sur le contenu éditorial par le biais de ressources financières, de pressions politiques directes ou indirectes et / ou d'un contrôle sur la production et la distribution. Contrairement aux médias indépendants, les médias affiliés à un État utilisent fréquemment leur couverture médiatique comme un moyen de mettre en avant un agenda politique” expliquait ainsi Twitter sur son blog le 6 août.

Une nouvelle stratégie qui fait toutefois la différence entre les médias publics russes ou chinois, et les médias français, anglais ou américains. En effet, Twitter juge que que ces derniers (par exemple France Télévisions, la BBC ou encore NPR) disposent d’une indépendance éditoriale, contrairement aux journalistes du service public russe ou chinois.

Ainsi, le compte Twitter de RT France (média public russe) est labellisé comme affilié à la Russie, au même titre que le compte CCTV Français l’est comme affilié à la Chine.

La “labellisation” de RT France a cependant interpellé Pierre Levy, qui contribue au site de la chaîne dans la rubrique “Opinions”. “J’ignore si cela a pu influencer leur jugement”, se demande-t-il, rappelant que le fait d’écrire pour un autre média n’engage en rien Ruptures.

Contacté par BFMTV, Twitter n’a pour l’heure pas souhaité réagir sur le cas particulier de Ruptures. Twitter n’a pas non plus souhaité préciser les critères étudiés pour déterminer que la rédaction d’un média public est indépendante ou non.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech