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Cinéma, séries, sport: un quart des Français vont sur des sites de streaming illégaux

Exemple de courrier envoyé par la Hadopi

Exemple de courrier envoyé par la Hadopi - THOMAS COEX

Le pic de fréquentation a été observé en mars 2020 en plein confinement, souligne une étude de la Hadopi.

Malgré l'engouement croissant des Français pour les services légaux de streaming comme Netflix ou Disney+ (près de 1,7 abonnement par foyer désormais), le streaming illégal ne faiblit pas. Au contraire.

Selon la Hadopi, la Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet, cet usage a progressé pendant le confinement avec des Français en quête de divertissements.

Ainsi, en 2020, en moyenne, 12,7 millions d’internautes ont visité chaque mois des sites proposant des contenus manifestement contrefaisants, représentant 24% des internautes. Le pic a été atteint en mars, en plein premier confinement, avec 14,2 millions d'internautes, soit 27% du total...

Attrait pour les compétitions sportives

Si l'offre de cinéma et de séries est aujourd'hui abondante sur les plateformes légales, les compétitions sportives diffusées illégalement attirent les internautes français.

"L’audience de ces sites, réduite de moitié durant le premier confinement en raison de l’arrêt des compétitions sportives, a retrouvé son niveau initial et une tendance à la hausse dès la reprise des compétitions sportives en août 2020. En décembre 2020, un quart des consommateurs illicites (26%) utilisaient le live streaming pour accéder illégalement notamment à des contenus sportifs en direct", souligne l'autorité, soit 3,3 millions d'internautes.

"Le streaming et le téléchargement direct (DDL) représentent toujours les deux protocoles les plus utilisés par les internautes adoptant des pratiques contrefaisantes. Ils concernent respectivement les trois quarts (71%, soit 9 millions d’internautes) et plus de la moitié (54%, soit 6,9 millions d’internautes) des internautes aux usages illicites", poursuit la Hadopi. 

Le P2P (pair à pair), première cible de l'autorité, concerne encore plus du quart (26%) des internautes aux pratiques illicites, soit environ 3,3 millions d’internautes, au travers de sites et logiciels générant une audience importante.

Incapacité de la Hadopi à contrer ces nouveaux usages

Ces augmentations des usages illicites illustrent une nouvelle fois l'incapacité de la Hadopi à contrer les nouveaux vecteurs de piratage des contenus audiovisuels malgré la mise en place d'une politique plus sévère composée d'avertissements envoyés par email (quand un internaute est pris la main dans le sac) et de menaces de poursuites en cas de récidive. 10 millions d'avertissements ("lettre de recommandation") ont d'ailleurs été envoyés par la Hadopi depuis le début de ce dispositif.

Si dans 70% des cas les internautes avertis ne recommencent pas, les outils de la Hadopi n'ont jamais vraiment été adaptés à ces nouveaux modes de consommation illicite.

Le constat d'ailleurs reconnu par l'entité. Si "certaines pratiques de piratage ont drastiquement diminué" depuis 2009 et la création de l'Hadopi, notamment le téléchargement via les réseaux de pair à pair (P2P), d'autres "comme le streaming et le téléchargement direct, restent importantes" ou connaissent "une progression notable".

9,4 millions d'euros de budget

Dans ce contexte, l'Hadopi appelle "ardemment" la "reprise de l'examen" des dispositions de lutte contre le piratage prévues par la réforme de l'audiovisuel, dont la première mouture a été abandonnée, la crise sanitaire ayant chamboulé le calendrier parlementaire. Ce texte prévoyait notamment une fusion du CSA et de l'Hadopi au sein d'une nouvelle autorité de régulation baptisée Arcom.

On rappellera que le budget de la Hadopi était de 9,4 millions d'euros en 2019 pour des résultats qui restent donc assez modestes. Par ailleurs, les chiffres sur le manque à gagner pour l'industrie sont toujours à prendre avec des pincettes. Car les "pirates" sont également de gros consommateurs de culture légale. Des études ont en effet montré que cette population achète plus de contenus légaux que ceux qui ne piratent pas...

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business