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Le Web est devenu "le plus grand réseau de surveillance au monde"

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Pour Tim Berners-Lee, père du Web, sa création est désormais aux mains de sociétés privées ou de gouvernements. Il est temps de réfléchir à une décentralisation technique mais surtout à une prise de conscience des utilisateurs.

Alors que le FBI fait tout son possible pour pouvoir puiser dans les mails et historiques de navigation des internautes sans avoir à recourir à des mandats émis par un juge, que les révélations d’Edward Snowden ont montré qu’Internet pouvait être dévoyé, le New York Times rapporte l’appel de Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, a une réinvention de ce média.

Non pas tant pour répondre à un besoin technique mais parce que sa création est devenue "le plus grand réseau de surveillance au monde", tombé dans les mains d’acteurs – privés ou gouvernementaux - défendant des intérêts divergents de ceux de l’ensemble des utilisateurs.

Vingt-sept ans après l’avoir créé, Tim Berners-Lee pense que le Web "contrôle ce que les gens voient, crée des mécanismes qui façonnent la manière dont les gens interagissent. Ca a été génial, mais espionner, bloquer des sites, changer le contenu des utilisateurs, vous diriger vers les mauvais sites Web – tout cela va complètement à l’encontre de l’esprit d’aide à la création pour tous".

Décentralisé pour échapper à certains contrôles

Dans le cadre du Decentralized Web Summit, qui s’est tenu à San Francisco, Tim Berners-Lee a rencontré différents activistes, comme Brewster Kahle, à la tête du projet Internet Archive, qui vise à préserver la mémoire du Web, ou certains de ses pairs, comme Vinton Cerf, un des pères d’Internet désormais évangéliste chez Google.

Portés par la volonté de garantir le respect de nos vies privées, notre liberté de discussion, la nécessité de faciliter les échanges quotidiens ou scientifiques, ces différents acteurs du Net ont réfléchi à de nouvelles directions que pourraient prendre Internet et le Web.

Redécentraliser les réseaux, en faisant en sorte d’échapper éventuellement à l’obligation d’héberger les contenus sur des serveurs, plus facilement contrôlables, pourrait être une solution.

De même, certaines technologies nées plus récemment, comme les cryptomonnaies, de type Bitcoin, qui listent toutes les opérations grâce à ce qu’on appelle la blockchain pourrait être un moyen de créer un Web plus libre mais pas hors de contrôle, expliquait Vinton Cerf, qui pense qu’un anonymat total en ligne peut être dangereux.

Un système de distribution décentralisé en pair à pair, par exemple, pourrait être une solution. Mais pour cela, il faut également préserver un autre élément clé de notre vie numérique : la neutralité du Net. Ce concept fluctuant, selon à qui on s’adresse et qui vise à assurer que toutes les formes de contenus seront accessibles sans discrimination par tous les utilisateurs.

La tentation du contrôle et l’obligation de réagir

Car "la tentation de se saisir du contrôle d’Internet pour les gouvernements ou pour les sociétés privées sera toujours là. Ils attendront que nous soyons endormis, parce que si vous êtes un gouvernement ou une entreprise et que vous pouvez contrôler quelque chose, vous le voudrez", déclarait Tim Berners-Lee en janvier dernier, en marge de la diffusion du film documentaire ForEveryone.net.

Evidemment, tous les acteurs du Web ne sont pas favorables à cette refonte d’un outil qui est également un moteur économique capital à l’échelle du globe. En définitive, Tim Berners-Lee déclarait : "Le Web est déjà décentralisé. Le problème tient à la domination d’un seul moteur de recherche, d’un gros réseau social, d’un Twitter pour le microblogging. Nous n’avons pas un problème technologique, nous avons un problème social".

Ce qui veut dire que les utilisateurs vont devoir prendre conscience de la situation et faire entendre leur voix pour éviter de la perdre à tout jamais.