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Demain, vous vivrez sans doute avec un robot compagnon

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A mi-chemin entre le majordome et l’animal de compagnie, un nouveau type de robot de service pointe le bout de son nez. Zenbo, Buddy ou Pepper vont bientôt s’imposer dans notre environnement pour nous aider au quotidien ou nous inciter à consommer davantage.

La surprise a été totale au salon Computex de Taïwan ce lundi 30 mai. Très réputée sur le marché des smartphones et des ordinateurs portables, l'entreprise Asus a présenté… un robot compagnon, Zenbo.

Le fabricant taïwanais a laissé filtré très peu de détails techniques sur Zenbo dont le prix devrait tourner autour de 599 dollars. Petit, monté sur roulettes, avec une tablette tactile à la place de la tête, la machine est vaguement anthropomorphique, peut agir sur vos appareils connectés, répondre à vos questions en langage naturel et jouer le rôle de caméra de vidéosurveillance domestique comme on peut le voir dans notre vidéo ci-dessous :

Zenbo ressemble en tous points à Buddy, un robot français pionnier sur ce créneau. Développé par la start-up française Blue Frog Robotics, ce robot commencera à être livré à la fin de l’année aux internautes qui l’ont précommandé et devrait être vendu en magasin dès le premier semestre 2016. Pour le moment, Buddy coûte 646 euros dans sa version de base et un peu plus de 1000 euros pour le modèle premium avec tous ses accessoires. On s’attend donc à un duel inédit : deux produits relativement similaires qui vont s’affronter sur un marché à peine naissant.

Buddy sera commercialisé au premier semestre 2017.
Buddy sera commercialisé au premier semestre 2017. © Blue Frog Robotics

Les assistants domestiques préparent l'arrivée des robots compagnons

Des tentatives de robots compagnons, il y en a eu par le passé mais elles se sont toutes soldées par des échecs, comme PaPeRo, une petite machine japonaise lancée en 2013 et presque déjà oubliée. Ou encore iRobi Q, un robot éducatif coréen pour enfants apparu en 2009 qui n’a jamais vraiment réussi à s’exporter en dehors de son pays. Probablement parce que la société n’était pas encore prête à l’accepter. "On a longtemps navigué entre l’envie fantasmatique d’avoir un majordome aux ordres et la peur d’une machine trop intelligente qui pourrait se rebeller", observe Catherine Simon, la fondatrice et directrice du salon Innorobo.

Aujourd’hui, la situation a évolué grâce à l’apparition d’assistants personnels comme Siri, Cortana ou Google Now sur nos smartphones et tablettes. Un vrai tabou a été levé à partir du moment où nous avons commencé à parler à nos machines. Une interaction qui débouche actuellement sur des dispositifs comme Amazon Echo, Google Home ou encore le robot Jibo de la chercheuse du MIT Cynthia Breazeal.

Le robot JiboJibo
Le robot JiboJibo © Jibo

Ces petits produits qui ressemblent à des enceintes endossent le rôle d’assistant domestique. Ils sont capables de lancer de la musique, des films, de gérer votre agenda ou de vous assister lorsque vous cuisinez. Mais pour le cofondateur de Blue Frog Robotics Rodolphe Hasselvander, ce n’est qu’une première étape qui devrait logiquement déboucher sur la généralisation des robots compagnons.

"Parler à son smartphone ou à un objet comme une enceinte, cela ne reste tout de même pas très naturel. Le robot compagnon, avec son aspect mignon et sa silhouette qui rappelle l’homme permet de faire émerger de l’empathie et de provoquer davantage d’interaction", souligne ce chef d’entreprise qui rêve depuis tout petit de créer enfin un véritable R2-D2.

Pepper, le robot qui va envahir nos boutiques

Mais peut-être que les robots compagnons s'imposeront d'abord dans l'espace public avant d'arriver dans nos salons. C'est en tous cas l'objectif de Softbank Robotics qui fabrique le robot Pepper depuis qu'il a racheté le Français Aldebaran.

Après avoir proposé son robot au grand public au Japon au mois de février 2015 au prix de 1400 euros, la société a choisi de privilégier sa distribution auprès des entreprises. Il faut dire que sa taille imposante (1,20 m), ses nombreux capteurs, son intelligence artificielle embarquée et sa mécanique huilée en font un bijou fort sophistiqué, pas très adapté à un usage grand public. Ainsi, mieux vaut avoir été formé à le programmer avant de l'utiliser. En tous cas, sur le terrain BtoB, Pepper est en train de devenir "la" plateforme de référence. Et pourrait bien bouleverser nos usages et nous habituer peu à peu à ces compagnons d'un nouveau genre.

"Nous sommes à un tournant historique. Pepper peut changer notre façon de faire du shopping", annonçait Julien Seret, chargé du marché de professionnels chez Softbank Robotics lors d'une conférence le 24 mai dernier. "Potentiellement, il n’y pas de limite à l’utilisation de Pepper : boutiques, aéroports, gares, banques, hôtels, etc.. ", ajoute-t-il. Car Pepper séduit avec ses expressions et sa gestuelle mimées sur le comportement humain, ainsi que sa capacité à s’adapter à son interlocuteur. Il peut aussi jouer avec les enfants, délivrer des informations pratiques et proposer des recommandations sur des produits. Autant de temps gagné pour le personnel. Au Japon, Nestlé comme Nissan ont déjà constaté que sa présence, façon "hôtesse d'accueil" dopait leurs ventes. Après quelques tests, Carrefour et la SNCF sont aujourd’hui tentés de pérenniser son utilisation. Mais les entreprises intéressées doivent débourser tout de même plus de 19 000 euros par unité pour en disposer. 

Pepper dans un magasin Carrefour.
Pepper dans un magasin Carrefour. © Softbank Robotics

Mais pour Catherine Simon, Pepper, Zenbo et Buddy ne sont que les prémisses d'une révolution encore plus grande. "Nous assistons actuellement à l’émergence de ce que j’appelle des robots sociaux, c’est une belle avancée mais ce ne sont encore que des interfaces vocales un peu comme si l’on avait monté un smartphone sur des roulettes", avance-t-elle.

Et de conclure : "La prochaine étape sera de les doter d’une vrai capacité à agir physiquement avec leur environnement, au-delà du simple fait de se déplacer. C’est seulement à ce moment-là, selon moi, que l’on pourra parler de robots sociaux". Mais il faudra attendre encore de longues années avant que les robots allie à ce point aisance mécanique et intelligence logicielle.