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Comment cette dalle transforme les routes en centrales solaires

Colas, une filiale de Bouygues, s’apprête à tester un revêtement routier muni de cellules photovoltaïques sur plusieurs sites pilotes. De quoi produire de l’énergie et alimenter demain des logements, des villes et même recharger des voitures électriques.

Ce petit rectangle bleu ardoise qui ressemble à une dalle de moquette pourrait bien faire des miracles. Il est en tous cas la star du stand de Bouygues cette semaine sur le salon World Efficiency consacré aux solutions pour les ressources et le climat. Le groupe vient en effet de dévoiler une innovation prometteuse: la dalle photovoltaïque Wattway, que l’on colle directement sur une chaussée.

En 2005, Jean-Luc Gautier se fait cette réflexion toute bête: une route regarde toujours vers le ciel. Elle doit donc pouvoir capter le soleil et devenir un mode de production d’énergie. Il se trouve que notre homme est directeur du Centre d’expertise du Campus Scientifique et Technique de Colas, une filiale de Bouygues spécialisée dans les infrastructures de transport. 

Il s’enferme alors dans son garage et bidouille tout seul des panneaux solaires. Eureka : l’idée semble prometteuse et devient un vrai projet en 2010 avec l’aide de l’Institut national de l’énergie solaire et le CEA Tech.

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- © Colas

Aujourd’hui, Wattway est devenu un rectangle de 15 centimètres de côté et de 7 mm d’épaisseur qui ne paye pas de mine. Les stries argentées correspondent aux câbles électriques qui permettent de récupérer de l’énergie. Ces derniers sont reliés à un petit boîtier étanche intégré qui contient la connectique. L’effet pailleté est dû à la présence de granulats de verre posé sur la surface de la dalle qui permet une meilleure adhérence.

Une dalle qui résiste à des millions de camions

"Freiner, glisser, s’arrêter par temps de pluie, voir distinctement le marquage, Wattway remplit toutes les caractéristiques indispensables d’une chaussée ouverte à la circulation", nous détaille Pierre Calvin, le directeur prospective, commercial et marketing de Colas. La résistance du matériel a aussi été dûment testée. "Nous voulions aller jusqu’à la destruction complète de la dalle. Nous n’y sommes pas parvenus même en faisant passer un million de fois des camions de 13 tonnes", affirme Pierre Calvin. Ce qui laisse espérer une durée de vie de plusieurs dizaines d’années.

Niveau coût, Colas espère atteindre d’ici deux ans ceux des panneaux photovoltaïques sur toitures. Jusqu’à maintenant, la faisabilité du produit a été prouvée in situ dans les parkings de l’entreprise et les dalles sont fabriquées à l’unité dans le FabLab interne. Il s’agit maintenant de passer à une phase d’expérimentation durant un an sur plusieurs sites pilotes en France, avant de lancer la production industrielle au cours de l’année prochaine pour une commercialisation début 2017. "Nous avons déjà des appels intéressés de l’étranger. Aujourd’hui, j’ai été contacté par des Indiens et des Ukrainiens", nous confie Pierre Calvin.

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- © Colas

Il faut dire que les applications sont multiples. Il s’agit tout d’abord pour des milieux urbains denses ou des zones isolées de produire de l’énergie pour sa propre consommation. "Avec 1.000 mètres de chaussée équipée, on peut éclairer une ville de 5.000 habitants. Les performances sont meilleures dans les zones froides et ensoleillées. Mais la dalle pourrait aussi être utilisée plus spécifiquement dans une usine ou un bâtiment : 20 m² suffisent pour produire de l’énergie pour un logement de 70 m².

Mais Colas voit encore plus loin. Le développement des voitures autonomes nécessitera de multiplier les bornes qui devront bien être raccordées à un réseau. On peut imaginer que les routes solaires pourront recharger demain ces véhicules électriques. "L’idée n’est pas forcément d’installer Wattway sur l’intégralité d’une route. Nous pourrions juste cibler une bande d’arrêt d’urgence, par exemple."

Autre piste, les villes intelligentes. Reliée à un dispositif d'éclairage, ces dalles permettraient une meilleure gestion du trafic suivant les moments de la journée et l’affluence. Pourquoi ne pas éclairer à la demande les places de stationnement accessibles aux handicapés? Il suffirait pour cela de les allumer ou de les éteindre suivant les besoins. Et si l’on réfléchit que Wattway pourrait aussi être équipé de capteurs, les perspectives de nos futures routes solaires semblent... sans limites.

Amélie Charnay