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Cet incroyable court-métrage a été écrit par une intelligence artificielle

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À la fois dérangeant, drôle et incompréhensible, Sunspring est un film d’une petite dizaine de minutes écrit par une intelligence artificielle spécialisée. Démarche technologique autant qu'artistique, ce court mérite d’être vu.

Sunspring commence par une scène assez classique qu’on inscrit inconsciemment dans un futur d’opérette – sans doute à cause des vestes des protagonistes qui semblent plaquées à l’or fin, façon space opera de série B. Les aficionados de la série Silicon Valley reconnaîtront au passage Thomas Middleditch, qui sert la première réplique du film : "Dans un futur frappé par un chômage de masse, les jeunes sont obligés de vendre du sang".

Surréalisme 2.0

Le ton est donné, et c’est parti pour environ 9 minutes de dialogues surréalistes, dans un huis-clos, où trois personnes discutent, se menacent à mots couverts, se déchirent, s’entendent. L’ambiance est lourde, drôle, étonnante et, par le trouble qu’elle provoque, n’est pas sans rappeler d’une certaine manière la découverte d’Un chien andalou d’un nouveau genre.

Car Sunspring est le premier court-métrage d’un scénariste appelé à un avenir difficile à imaginer. Il s’appelle Benjamin et… est une intelligence artificielle. Pour être plus précis, il s’agit d’un réseau neuronal qui apprend et s’améliore seul, au fil du temps et des expériences, un peu comme un humain.

Et derrière cette intelligence artificielle, on retrouve Oscar Sharp, cinéaste méconnu mais salué par ses pairs, et Ross Goodwin, qui assure le développement de la partie technologique de l’aventure.

Après avoir mené différentes expériences sur l’écriture aléatoire, notamment en créant une pièce en utilisant un dé pour choisir des extraits de texte à agglomérer, Oscar Sharp a confié à Ross Goodwin vouloir, depuis longtemps, collaborer avec une intelligence artificielle pour la rédaction d’un scénario.

Un an plus tard, et après avoir développé de nombreux algorithmes, Ross Goodwin avait donné naissance à Benjamin. Une intelligence artificielle nourrie de dizaines de scripts de films de science-fiction. D’ailleurs, même l’interlude musical et chanté, qui intervient au milieu du film, a été écrit par Benjamin. Pour être à la hauteur, l’intelligence artificielle a ingurgité plus de 30 000 chansons pop. Et le résultat n’est pas si mal.

Une carrière inattendue

D’ailleurs, l’ensemble est suffisamment cohérent pour que Sunspring ait été retenu par les membres du jury du festival Sci-Fi London parmi des centaines d’autres films.

A en croire, Ars Technica, qui a obtenu le droit de diffuser en ligne ce court-métrage, l’un des jurés aurait déclaré à propos des deux artistes : "Je leur donnerai la meilleure note s’ils me promettent de ne plus jamais faire ça".

Au moment de voir le meilleur film élu par le public en ligne, Ross Goodwin a réalisé que certains concurrents trichaient et accumulaient des milliers de faux votes, rapporte Ars Technica. C’est là qu’Oscar Sharp a eu l’idée de faire voter leur intelligence artificielle pour elle-même. Cette dernière a alors écrasé la concurrence en votant 36 000 fois par heure en sa faveur.

Evidemment, poussant la démarche artistique jusqu’au bout, les deux comparses ont dénoncé l’intelligence artificielle, confessant qu’il ne pouvait pas être solidaire d’une telle façon de faire. Le président du festival a trouvé l’affaire si drôle qu’il a tenu à interviewer Benjamin lors de la remise des prix. Ses réponses ont été à la hauteur de ses dialogues : décalées, surréalistes, bref, totalement à côté de la plaque mais d’une manière touchante.

Une expérience qui prouve qu’à défaut de produire de l’art sciemment, les intelligences artificielles sont capables de faire en sorte que nous nous projetions dans leur création. Une production qui est une forme de miroir pour les humains, comme le reconnaît d’ailleurs Oscar Sharp, qui a vu émerger de sa collaboration avec Benjamin des schémas récurrents dans les films de science-fiction, des interrogations sur l’humanité, l’environnement et notre futur. Un futur où les intelligences artificielles ont désormais une place de choix.