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Luc Besson fait tourner EuropaCorp au ralenti

Luc Besson

Luc Besson - STEFANIE LOOS / AFP

Toujours à la recherche d'investisseurs, EuropaCorp réduit ses dépenses. Le studio travaille sur la sortie de plusieurs films déjà tournés -dont Anna, le prochain film de Luc Besson-, mais n'a plus aucun tournage en cours.

Nous sommes à la cité du cinéma de Saint Denis. Dans l'auditorium se tient ce jeudi 27 septembre l'assemblée générale des actionnaires d'EuropaCorp, côté à la bourse de Paris sur le compartiment B d'Euronext. Quelques dizaines de petits porteurs ont fait le déplacement, peinant à remplir cette vaste salle de 430 places.

"Pas la tasse de thé de Luc Besson"

Ceux qui espéraient voir Luc Besson en sont pour leurs frais. Le PDG, fondateur et principal actionnaire avec 32% du capital "est aujourd'hui aux Etats-Unis et n'a pas pu venir" explique l'avocat du groupe aux actionnaires présents. Me Arnaud de Senilhes, qui sert aussi de secrétaire du conseil d'administration rappelle dans la foulée que Luc Besson ne se rend jamais aux assemblées générales d'EuropaCorp: "Ce n'est pas sa tasse de thé".

Mais un petit porteur s'énerve: "Que fait Luc Besson aux Etats-Unis? Il va se planquer aux Etats-Unis, car il a des casseroles ici? Il devrait être là! Il faut qu'il s'explique! Il faut avoir le courage d'apparaître en public! Il ne doit pas laisser pourrir la situation!"

Arnaud de Senilhes répond: "Luc Besson n'est pas aux Etats-Unis pour fuir quoique ce soit. Cela n'a rien a voir avec ses affaires personnelles. Luc Besson est résident américain depuis 2014. Il est aux Etats-Unis car on fait des films en langue anglaise, avec des stars américaines, c'est extrêmement compliqué de faire ça depuis la France... "

Toujours pas d'investisseur

Faute de Luc Besson, les perspectives du studio sont donc présentées par Régis Marillas, l'ancien directeur financier promu jeudi directeur général délégué par intérim. Concernant la recherche de nouveaux investisseurs entamée il y a près d'un an, il n'a rien de neuf à annoncer: "les actifs d'EuropaCorp sont toujours attractifs. On a des sociétés qui peuvent regarder EuropaCorp comme investissement potentiel. Les discussions sont toujours en cours. Mais nous ne sommes pas entrés en négociations exclusives avec qui que ce soit".

En attendant, le studio tourne au ralenti et réduit la voilure. Régis Marillas explique aux actionnaires: "Il n'y a plus de tournages en cours, mais des films et des séries sont en phase de développement [c'est-à-dire à l'écriture]. Nous allons produire un nombre de films beaucoup plus restreint, en étant beaucoup plus sélectifs, et avec une forte implication de Luc Besson comme réalisateur ou scénariste". Seule nouveauté annoncée: un projet de série basée sur le film Banlieue 13, une production EuropaCorp datant de 2004... On projette alors aux spectateurs les premières images d'Anna, le film que vient de terminer Luc Besson. "La date de sortie d'Anna n'a pas encore été fixée, mais le film sortira bien en salles", promet Régis Marillas.

Face à cette activité réduite, la quasi-totalité de l'état major a quitté le navire depuis un an: le directeur général Marc Shmuger, le directeur général adjoint Edouard de Vésine, le directeur des séries Thomas Anargyros, le directeur des films en langue française Dominique Farrugia, la directrice des ventes à l'international Marie-Laure Montironi, le directeur marketing Bruno Perez... Mais Arnaud de Senilhes promet à l'auditoire "un nouveau management dans quelques mois, éventuellement dans le cadre d'un rapprochement avec un tiers".

Cessions en vue

Régis Marillas ajoute que le studio compte poursuivre son recentrage. Après ses salles de cinéma, son catalogue de musique, sa production de séries françaises, c'est une partie du catalogue de films qui a été vendue la semaine dernière à Gaumont. Précisément, il s'agit du catalogue de Roissy Films, acheté il y a dix ans. Le montant de la vente n'a pas été communiqué, mais ce catalogue est valorisé 5 millions d'euros par le cabinet Accuracy. "Il pourrait y avoir d'autres cessions", prévient Régis Marillas. Allusion à la filiale de post-production Digital Factory, mise en vente depuis un an. En revanche, la vente du catalogue historique d'EuropaCorp avec toutes les productions Besson (valorisé 139 millions d'euros) reste officiellement exclue.

Concernant la dette (235 millions d'euros à fin mars), Régis Marillas admet qu'il y aura "un besoin de recapitalisation à terme". Précisément, un prêt de 137,5 millions d'euros doit être remboursé en octobre 2019, puis un autre de 80 millions de dollars en avril 2020. Et ce dernier prêt est "relativement cher", avec un taux de 15% par an.

Mais le bras droit de Luc Besson explique que le problème est moins inquiétant qu'il n'y parait: "70% de cette dette [de 137,5 millions d'euros] est auto-liquidative, et s'éteint d'elle-même". C'est-à-dire qu'il s'agit d'avances pour financer les tournages qui seront remboursées lorsque les tournages sont achevés et les films livrés aux distributeurs.

Au bout de deux heures, l'ordre du jour est épuisé, et les petits porteurs se dirigent vers la sortie. Ils se voient offrir les DVD de deux productions maison: Taxi 5 et Carbone. Mais pas de cocktail, ni de petits fours, qui clôturent traditionnellement les AG. "L'heure est aux économies", justifie le porte-parole...

Jamal Henni