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Les top models virtuels séduisent les marques

Ils s'appellent Miquela, Shudu, Bermuda ou Blawko. Ils sont beaux, lookés, hyper populaires et décrochent des tonnes de contrats avec des grandes marques. Mais ils n'existent que sur les réseaux sociaux: les mannequins virtuels prennent le pouvoir.

Sa frange brune tombe toujours idéalement sur son joli front bombé, ses taches de rousseur sont savamment disséminées sur son nez et ses pommettes, aucune gerçure n'apparaît sur ses lèvres pulpeuses, sa peau toujours bronzée brille juste comme il faut, et elle arbore toujours le look le plus pointu. Miquela est parfaite, mais sa perfection ne doit rien à la nature. Miquela n'existe tout simplement pas.

Apparue en 2016 sur les réseaux sociaux, elle a avoué l’année dernière être un avatar, après avoir longtemps laissé planer le doute. Cette créature numérique a été mise au point par un programme informatique. Son physique s'inspire de deux vraies mannequins -Karstinkle et Emily Bador- et d'un robot.

Bien que virtuelle, Miquela est devenue une star qui rapporte beaucoup d’argent. Sur Instagram, elle compte d'un million d'abonnés. Plus que le compte de Kate Moss! L'influenceuse virtuelle y publie des posts copieusement rémunérés, comme toute jeune femme populaire sur les réseaux sociaux, dont les photos génèrent des centaines de milliers de commentaires et de like. "Lilmiquela", son nom sur Instagram, poste ainsi des photos d’elle en Chanel ou Adidas, dans des clubs américains branchés. Et les grandes marques l'adorent: elle a des contrats avec Prada, Balenciaga.

Ses cachets, puisqu'elle n'existe pas, sont versés à l'agence qui a créé Miquela, une start-up de la Silicon Valley dénommée Brud. Cette discrète entreprise a aussi mis Miquela à la chanson en 2017, là encore avec un franc succès: son single "Not Mine" a fini 7ème du classement Spotify l'été dernier. Un véritable jackpot que l'agence qui a levé des millions de dollars en avril dernier semble prête à décliner à l'infini: elle a ainsi créé le pendant masculin de Miquela: Blawko.

Forcément, le succès de ces mannequins virtuels, corvéables à merci, fait polémique. Notamment concernant Blawko ou Shudu, tous deux noirs de peau. Dans un monde de la mode qui manque cruellement de diversité, les associations s'insurgent que les marques travaillent avec des modèles noirs virtuels, quand de vraies mannequins africaines et afro-américaines peinent à travailler autant que leurs consoeurs blanches.

Une autre polémique prend corps autour de leur personnalité. Leur profil est en effet agrémenté de tout un story-telling destiné à rendre plus réelles ces personnalités virtuelles. Sur Instagram, Miquela se décrit comme une artiste brésiliano-américaine de 20 ans, elle multiplie les publications contre le sexisme, le racisme, l'homophobie. Il y a quelques semaines, son compte a été piraté par une autre mannequin virtuelle, Bermuda, qui s'affiche comme pro-trump, pro-armes, anti-avortement. Finalement, il s'avère que toute deux ont été créées par la même agence, Brud, qui maîtrise parfaitement l'art du buzz.

Un point positif peut-être: à l'heure où sur les réseaux sociaux, tout le monde se doit de présenter une vie parfaite, une silhouette parfaite, l'existence de ces "répliquants" rappelle que la perfection ne peut-être que virtuelle.

Nina Godart