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Le magazine Challenges croit toujours au papier

Pour Claude Perdriel, Carlos Ghosn est "un visionnaire"

Pour Claude Perdriel, Carlos Ghosn est "un visionnaire" - AFP Claude Saget

L'hebdomadaire économique va étoffer sa pagination et sa rédaction. Un investissement approuvé par ses deux actionnaires, Claude Perdriel et Renault.

A l'heure où tous les journaux ne parlent que de développements web, Challenges a décider d'investir dans le papier. "Je crois au papier. Il n'y a pas de fatalité. On est un peu à contre-courant, mais je l'assume", a plaidé mercredi 16 janvier Claude Perdriel, directeur du magazine économique.

Cet investissement sera financé par une augmentation de capital de 5 millions d'euros, a-t-il expliqué. Cet argent permettra d'augmenter la pagination de 10% et de recruter trois journalistes.

Equilibre en 2021

"Je me suis fixé comme objectif d'augmenter les ventes en kiosque de +30% à +40% Je vous donne rendez vous dans six mois", a promis Claude Perdriel, qui veut les faire passer de 9.000 à 10-11.000. Quant aux abonnements, "nous comptons moins de 10.000 abonnés numériques sur 180.000, c'est une faiblesse", a déploré Vincent Beaufils.

Au total, la diffusion totale de ​Challenges s'élève à 203.552 exemplaires, en recul de 3% depuis 2014, selon l'OJD. "On a perdu 10% depuis 2010, comme les autres news magazines", a résumé Vincent Beaufils.

Claude Perdriel espérait réduire les pertes de l'hebdomadaire à 1 million d'euros en 2017, mais finalement il a perdu 2,7 millions d'euros. Mercredi, Claude Perdriel a expliqué que cette relance se traduirait par une perte d'un peu plus de 2 millions d'euros, mais qu'ensuite les pertes se réduiraient chaque année pour enfin atteindre l'équilibre "en 2021". 

Renault monte au capital

L'augmentation de capital de 5 millions d'euros a été votée par les deux actionnaires de l'hebdomadaire: Claude Perdriel et Renault. A cette occasion, le constructeur automobile va passer de 40% à 45% du capital, en investissant 2,25 millions d'euros. Le constructeur automobile était rentré au capital il y a un an, injectant à cette occasion 5 millions d'euros.

Claude Perdriel reconnaît que cet investissement était "une vision de Carlos Ghosn", et que le dernier conseil d'administration de Challenges, tenu juste après son arrestation, a été "un peu dur, un peu glacial". Mais il est confiant pour l'avenir: "Renault a adopté l'augmentation de capital, a voté sans discuter, et n'intervient pas dans le contenu. Renault est aussi enthousiaste que nous sur le papier. Nous avons un gros soutien de la direction actuelle, et notamment des membres du conseil d'administration".

​Renault, pour justifier son investissement, avait expliqué vouloir se procurer des contenus pour l'automobile du futur. Suite à cela, Challenges s'est donc lancé dans la production de podcasts, à écouter notamment en voiture. Une quinzaine de podcasts ont été ainsi produits l'an dernier pour un investissement de 600.000 à 700.000 euros, co-financé par Renault. Claude Perdriel a indiqué qu'il investirait autant cette année, mais cette fois sans financement de Renault: "Nous faisons une pause dans les podcasts. Nous allons avoir une activité podcast indépendante de Renault. Nous allons commencer à vendre des podcast à d'autres entreprises privées. Mais il est évident qu'il y a un marché pour l'audio dans la voiture. BMW est même en avance sur Renault dans ce domaine". L'éditorialiste Maurice Szafran a précisé: "Les podcasts sont destinés au modèle AEX de Renault, qui sortira dans un an à un an et demi. Renault aura alors besoin des nos podcasts".

"Le fric frac des GAFA"

En revanche, le propriétaire des sanibroyeurs SFA s'est dit désabusé par internet: "personne ne pourra gagner de l'argent, avec le fric frac des Gafa qui prennent 75% des recettes publicitaires. Je ne vois pas comment on peut s'en sortir. Les sites de Challenges et Sciences et avenir perdent beaucoup d'argent, et je ne vois pas comment les équilibrer un jour. Je ne vois pas comment faire rendre gorge aux Gafa, à part en les détruisant".

Par ailleurs, il a exclu un rachat de Sciences et vie (mis en vente par Mondadori), jugé trop proche de Sciences et avenir qu'il détient déjà.

les résultats des editions croque futur, éditeur de challenges (en millions d'euros)

Chiffre d'affaires

2010: 25,95
2011: 25,78
2012: 25,4
2013: 24,36
2014: 22,49
2015: 21,65
2016: 22,25
2017: 23,69

Résultat net
2010: -0,26
2011: -0,29
2012: +0,38
2013: -0,19
2014: -2,27
2015: -2,22
2016: -3,65
2017: -2,68

Source: comptes sociaux

Jamal Henni