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Identité numérique: des députés LREM interpellent le gouvernement sur le retard pris par la France

La nouvelle carte d'identité biométrique.

La nouvelle carte d'identité biométrique. - Ministère de l'Intérieur

Par un courrier directement adressé aux deux ministres, les co-rapporteurs de la mission parlementaire sur l'identité numérique regrettent que ce volet, qui devait initialement accompagner la nouvelle carte d'identité biométrique, ait été totalement occulté.

Elle était attendue pour 2021 mais son déploiement reste actuellement en suspens, sans réel horizon défini. L’identité numérique, qui permettra à terme aux Français de se connecter de façon sécurisée à des services publics en ligne, et d'améliorer l'efficacité des services administratifs, aurait dû venir accompagner la nouvelle carte d’identité électronique officialisée le 16 mars.

Biométrique et de la taille d'une carte bancaire, cette nouvelle carte ne sert néanmoins nullement de support pour l'identité numérique, comme initialement prévu. Son principal avantage: sa puce présentée comme infalsifiable, et qui lui permet de contrer les tentatives d'usurpation d'identité. Autrement, ce nouveau document d'identité ne propose pas plus d'usages qu'un simple passeport.

Aucune solution à court terme

Dans un courrier consulté par BFM Tech, directement adressé ce 22 mars à Marlène Schiappa, qui a officialisé le déploiement de cette nouvelle carte, et au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, les deux co-rapporteurs de la mission parlementaire sur l'identité numérique appellent à donner un coup d'accélérateur à ce projet, sur lequel planche le ministère de l'intérieur depuis 2018.

"Aucun calendrier n’a été annoncé sur la mise en place d’une offre régalienne, pour les français, pour une identité numérique", regrettent ainsi Christine Hennion et Jean-Michel Mis, tous deux députés LREM .

"Un plan d’un milliard d’euros a été annoncé pour la filière cybersécurité. Le déploiement d’une identité numérique sécurisée pour les français mais dont les TPE/PME pourraient aussi s’emparer, ainsi que les collectivités territoriales, devrait en être l’une des briques de base. Or, rien n’apparaît à ce sujet".

Jean-Michel Mis et Christine Hennion s'inquiètent du retard pris sur l'identité numérique.
Jean-Michel Mis et Christine Hennion s'inquiètent du retard pris sur l'identité numérique. © Jean-Michel Mis

Les deux députés déplorent par ailleurs le retard "paradoxal" pris par la France par rapport à ses voisins européens. Dans leur rapport, tous deux indiquaient que le déploiement d’une identité numérique pourrait apporter près de 0,5 point de croissance.

Comment expliquer ce retard ? Les Echos y voient le fruit de l'indécision de l'Etat, qui hésite actuellement entre deux grandes pistes sur la forme que pourrait prendre cette identité numérique.

La première implique que les sites Web paient le service public France Connect - qui compte près de 21 millions d'utilisateurs, ou des acteurs privés, pour que les Français puissent s'authentifier sur leurs services à partir de l'identité numérique de leur carte.

La seconde nécessiterait d'associer son titre d'identité biométrique à un smartphone, pour que cette identité numérique soit stockée sur l'appareil en lui-même. Un appel d'offres a été lancé en ce sens, mais son résultat n'est pas encore connu.

À cela s'ajoute l'"absence d’une instance de pilotage interministériel placée directement sous l’autorité du premier ministre", à même de donner un coup d'accélérateur au projet, regrette Jean-Michel Mis auprès de BFM Tech.

Pour l'heure, le déploiement de la carte d'identité électronique suit son cours, sans qu'aucune solution d'identité numérique soit prévue à court terme. Après une expérimentation lancée dans l'Oise, ce nouveau document d'identité devrait être généralisé à l'ensemble du territoire français à compter du 2 août.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech