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Facebook a 15 ans: que disait la presse française du réseau social à l'époque?

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"Un visage à retenir", "un futur géant du net" mais aussi des risques pour la vie privée... La presse avait vu juste dès le début sur Facebook, avant qu'il ne devienne le géant aux 2,3 milliards d'utilisateurs.

Sans doute le succès le plus fulgurant de l'histoire du business. Facebook qui souffle ce jeudi 4 février 2019 ses 15 bougies a conquis 2,3 milliards d'utilisateurs dans le monde. Désormais, 30% de l'humanité dispose d'un compte Facebook.

Évidemment à ses débuts, Mark Zuckerberg était loin d'imaginer un tel destin pour ce site initialement conçu comme un passe-temps sur internet pour comparer le physique des filles de son campus universitaire. Même si la réussite du réseau social a été quasiment immédiate. Facebook avait atteint le million d'utilisateurs en 10 mois seulement. Un succès foudroyant (seulement battu par Instagram depuis) qui laissait pantois la Silicon Valley. 

Et pas seulement. La presse aussi s'est rapidement enflammée pour le site de Mark Zuckerberg. Le premier article est ainsi paru... cinq jours après la création du site. Certes, il s'agissait du journal interne de l'université de Harvard -celle de Zuckerberg. Un article dans lequel le créateur du site, interviewé, était encore plein de morgue adolescente:

"Tout le monde a beaucoup parlé de faire un "trombinoscope" ("a face book") universel au sein de Harvard. Je pense que c'est un peu ridicule de laisser faire par l'Université car ça prendrait des années. Je peux faire mieux qu'eux et je peux le faire en une semaine."

On retrouve bien le Zuckerberg du film Social Network de David Fincher...

Il faudra plus de temps pour voir le nom Facebook évoqué dans la presse française. C'est à partir de 2005 que le site entre vraiment dans les radars des médias du monde entier. En France, c'est Le Point qui évoquera le premier cette nouvelle sensation, à l'époque, de la tech américaine. Dans un article titré "États-Unis - High-tech en fusion" et daté du 22 septembre 2005, l'hebdomadaire évoque au détour d'une ligne ce "site de réseau social pour étudiants qui pourrait être courtisé par une entreprise telle que News Corp." Le groupe de Rupert Murdoch venait de racheter le géant de l'époque MySpace et l'hebdomadaire envisageait que le géant des médias puisse faire main basse sur le petit nouveau. Perdu. Bien que très courtisé, Zuckerberg ne vendra jamais sa pépite.

"Ces jeunes entrepreneurs ont le mieux compris internet"

Il faut ensuite attendre 2006 pour voir de nouvelles mentions du site dans la presse. Généralement pour illustrer la bulle (déjà...) qui risquait d'éclater dans l'internet. Ainsi, Les Échos en mai 2006 parlaient d'une "nouvelle bulle Internet dans la Silicon Valley" et s'inquiétaient de la confiance qu'on accorde à de si jeunes entrepreneurs. Extrait:

"C'est ainsi que la firme de capital-risque Accell Partners a activement courtisé Mark Zuckerberg, vingt et un ans, avant de lui verser près de 13 millions de dollars en août. Le mois dernier, il a reçu un autre financement de 25 millions de dollars qu'il n'avait pas sollicité. La raison de cette générosité? Le jeune étudiant de Harvard a fondé il y a deux ans Facebook, un site permettant aux étudiants de se rencontrer virtuellement et d'échanger informations et expériences. "Ces jeunes entrepreneurs sont ceux qui comprennent le mieux comment évolue Internet en ce moment", souligne Mark Kvamme, de la firme de capital-risque Sequoia Capital. Ce qui explique la confiance que les investisseurs accordent de nouveau aux créateurs d'entreprises tout juste sortis de l'université."

Mais quelques mois plus tard, le quotidien refaisait un papier dithyrambique titré: "Facebook, un visage à retenir" rappelant qu'il était déjà à l'époque le 7ème site le plus visité des États-Unis.

Mais c'est vraiment à partir de 2007 que Facebook devient un véritable sujet d'actualité. Dès que le site commence en fait à intéresser Microsoft et Google qui bataillent alors pour entrer au capital du réseau social (c'est Microsoft qui remportera la timbale en octobre 2007). Le Monde choisit d'évoquer le conflit de paternité à l'origine de la création du site et ce alors que Facebook est déjà le 5ème site le plus visité du monde:

"La justice dira si Mark Zuckerberg, le jeune et brillant créateur de Facebook, cinquième site Internet le plus visité au monde (tout juste derrière Google), mérite son succès. Trois de ses anciens collègues de Harvard l'accusent en effet d'avoir copié le concept et l'ergonomie d'un autre site - HarvardConnect devenu ConnectU - lors de sa conception, à laquelle Mark Zuckerberg a participé en 2003."

Le quotidien a en tout cas le nez creux lorsqu'il anticipe le succès à venir de Facebook:

"À tout juste 23 ans, Mark Zuckerberg a jusqu'ici connu un parcours jalonné de succès. Le site qu'il a fondé en 2004 dans sa chambre d'étudiant à Harvard pourrait bien détrôner MySpace et devenir le premier réseau communautaire mondial. Il représenterait même pour certains analystes "la meilleure opportunité pour les entrepreneurs du Net de ces dix dernières années". Et avec 100.000 membres de plus chaque jour, cette prédiction pourrait devenir réalité."

Même engouement quelque jours plus tard dans Le Figaro. Le journal parle le 28 juillet 2007 de "Futur géant du net". 

"Alors que MySpace connaît une grande popularité dans le monde avec plus de 170 millions d'utilisateurs enregistrés, le réseau Facebook (www.facebook.com) pourrait s'imposer dans le domaine du réseau communautaire jusqu'à inquiéter l'hégémonie d'acteurs majeurs du web tels Google ou Microsoft."

Le même article évoque le rachat potentiel par Microsoft:

"De récentes rumeurs attribuent à Microsoft l'intention d'acquérir Facebook pour la somme faramineuse de 80 milliards de dollars."

Le site vaut aujourd'hui 476 milliards de dollars...

"La protection des données personnelles? Une utopie"

Et avec le succès, arrivent forcément les premières critiques. Concernant Facebook, c'est toujours la protection des données privées qui inquiète. Le Point l'évoque dans un article dès septembre 2007 mais plutôt sur le ton de l'ironie.

"D’aucuns crient au non-respect de la vie privée et craignent que ces informations soient utilisées à des fins de marketing. En bref, rien de neuf au vu du développement de sites comme Spock. Facebook ne cache d’ailleurs pas sa volonté de profiter du marché très juteux de l’e-publicité et la société a annoncé qu’elle comptait développer des publicités ciblées selon les profils de ses membres.

Quant à la protection des données personnelles sur le Net, elle semble de plus en plus utopique. La Cnil – Commission nationale de l’informatique et des libertés – et les instances homologues en Europe devraient publier à l’automne un rapport sur les moteurs de recherche et la façon dont ils respectent la vie privée. Ou pas."

Quinze ans après, les débats autour de la protection de la vie privée ont gagné en intensité et les révélations se sont multipliées autours des pratiques du site notamment en 2018 avec l'affaire Cambridge Analytica. Des affaires qui agitent les médias mais qui ne semblent pas affecter la marche en avant du groupe de Mark Zuckerberg qui continue d'engranger de nouveaux utilisateurs et d'enregistrer des résultats financiers records

Et avec désormais 33 millions de Français utilisateur actifs de Facebook, le site est devenu un sujet d'actualité quotidien pour la presse.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco