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Comment la Chine veut instaurer une surveillance totale de la société

Le président chinois Xi Jiping lors de la Third World Internet Conference, à Wuhzen

Le président chinois Xi Jiping lors de la Third World Internet Conference, à Wuhzen - STR / AFP

Le gouvernement veut créer un système de notation "sociale" permettant d'évaluer le niveau de confiance que l'on peut accorder à une personne. Pour y arriver, il semble vouloir s'appuyer sur une infrastructure de type Big Data.

Réunis dans la petite ville chinoise de Wuzhen, à l'occasion du Third World Internet Conference, les grands acteurs high tech tels que Microsoft, IBM, Alibaba ou Tencent ont pu être témoins de propos plutôt rassurant de la part du président Xi Jinping. Celui-ci a déclaré être en faveur d'un "cyberespace ouvert, inclusif et sécurisé permettant l'égalité, le respect mutuel, l'innovation et le développement en bonne règle". Mais la réalité est toute autre comme le montre un projet gouvernemental dont l'objectif est d'instaurer, de fait, une surveillance totale de la société.

Baptisé "Social Credit System", il s'agit de créer d'ici à 2020 un système de notation permettant d'évaluer le niveau de confiance que l'on peut accorder à une personne. C'est un peu comme une évaluation du risque-client ("credit scoring") quand on veut souscrire un crédit financier, mais généralisée à tous les aspects de la société. De prime abord, le but semble louable car il s'agit de lutter contre la fraude et la corruption. Le gouvernement veut ainsi réussir la création d'une "société socialiste harmonieuse" où règnerait une "confiance mutuelle" entre personnes et une "sincérité sociale". Mais en réalité, les risques de dérives autoritaires d'un tel système sont énormes.

Les mal notés seront mis au ban de la société

Comme l'explique un document officiel, une personne mal notée ne pourra pas souscrire de crédit financier ou occuper de poste à responsabilité, que ce soit dans une administration ou dans une entreprise. Elle ne pourra pas non plus obtenir de subventions ou d'aides gouvernementales, ni s'inscrire au parti communiste. Il sera également difficile pour elle de travailler dans certains secteurs comme les produits chimiques, pharmaceutiques ou agroalimentaires.

La personne perdra également ses titres honorifiques, obtenus par exemple en participant à une association philanthropique. Et au quotidien, elle sera considérée comme un citoyen de seconde zone. Elle ne pourra pas voyager en première classe dans les trains ou les avions. Elle ne pourra pas non plus réserver de table dans un restaurant étoilé ou de chambre dans un palace. Les portes des boîtes de nuit et des clubs de golf lui seront également fermées. C'est la déchéance complète.

Toutes les organisations doivent participer

Comment les Chinois vont-ils être notés? Peu de détails sont disponibles à l'heure actuelle, mais tout porte à croire que le gouvernement s'oriente vers une infrastructure de type "Big Data". Ce système sera capable d'agréger toutes les informations relatives à une personne: son travail, ses impôts, ses activités sportives ou sociales, sa "sincérité" sur Internet, etc. Tout doit être récolté et analysé pour, au final, créer cette note. A ce titre, toutes les organisations seront contraintes de participer à ce projet, soit en fournissant des informations, soit en limitant l'accès des personnes mal notées.

Selon The Washington Post, le gouvernement avait lancé dès 2010 un projet expérimental dans la province de Jiangsu. Les citoyens étaient notés de 0 à 1000. Une personne recevait les félicitations de son employeur, et hop, elle avait 100 points. Si elle grillait un feu rouge, en revanche, elle en perdait 20. Conduire en état d'ivresse ou payer des pots de vins réduisait le compteur de 50 points. Bienvenue en 1984.