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Cette base secrète de la NSA collecte en masse des données satellitaires

La base de Menwith Hill

La base de Menwith Hill - -

Issue de la guerre froide, cette installation en pleine campagne anglaise est désormais activement impliquée dans la localisation et l'assassinat de terroristes présumés dans les pays du Moyen-Orient.

Le fonds documentaire d’Edward Snowden n’est visiblement pas encore épuisé. Le site The Intercept vient de publier plusieurs dizaines de documents qui révèlent l’existence d’une importante base secrète de la NSA près de Harrogate, dans le Yorkshire du Nord, dotée d'énormes capacités de surveillance et de géolocalisation. Ce qui en fait l’un de principaux outils dans le programme d’assassinats ciblés menés par les Etats-Unis.

Cette base, en réalité, était déjà bien connue par le passé. Elle a été louée aux Etats-Unis dès les années 50 pour surveiller les communications de l’Union soviétique durant la guerre froide. A la fin des années 90, la BBC avait révélé qu’elle faisait partie du réseau de surveillance mondial Echelon. Historiquement, Menwith Hill a donc toujours été spécialisée dans l’interception des ondes radioélectriques.

Des centaines de millions de métadonnées en quelques heures

Mais depuis, l’orientation stratégique et les capacités de cette base ont considérablement évolué. Elle hébergerait désormais plus de 2.200 personnes, dont 600 seraient des agents britanniques, les autres seraient américains. Selon des documents datant de 2009, cette base espionne plus de 160 liens satellitaires dans le monde, permettant la collecte d’appels téléphoniques, de messages texte, d’e-mails, d’historiques de navigation internet, etc. Baptisé "Moonpenny", cette mission de surveillance avait la capacité, en mai 2009, de récolter plus de 335 millions de métadonnées en l’espace de douze heures.

Cette capacité de collecte est particulièrement utile pour espionner les pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, où elle intercepte des informations "tactiques, militaires, scientifiques, politiques et économiques". En effet, dans ces zones, les réseaux de fibres optique ne sont pas forcément très déployés. Le trafic voix et données passe donc encore souvent par les satellites. Cette base joue également un rôle clé dans la localisation et l'assassinat de terroristes présumés, en Irak et en Afghanistan, mais aussi dans d'autres pays comme le Yemen, la Pakistan et la Somalie.

Ces missions sont réalisées dans le cadres des programmes "Ghosthunter" et "Ghostwolf". Quand une cible se connecte sur un service web au travers d'un café Internet – la messagerie Yahoo par exemple – les analystes de Menwith Hill sont capables de la localiser avec une précision de l'ordre d'une centaine de mètres. Dans certains cas, cette information est transmise à des forces spéciales qui vont essayer de capturer ou tuer la cible, dans le cadre d'opérations clandestines.

Plus de 5000 cafés Internet géolocalisés

Pour faire cette géolocalisation, la base s'appuie sur la captation des signaux émis par les "VSAT" (Very Small Aperture Terminal). Ces équipements de connexion sont utilisés par les cafés internet pour se connecter aux réseaux satellitaires. En 2009, le programme Ghosthunter avait déjà référencé plus de 5000 VSAT en Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Liban et en Iran. D'autres pays sont également en ligne de mire, comme le Pakistan, la Somalie, l'Algerie, les Philippines, la Mali, le Kenya ou le Soudan.

Cartes satellites utilisées dans le cadre du programme Ghoshunter, pour localiser une cible.
Cartes satellites utilisées dans le cadre du programme Ghoshunter, pour localiser une cible. © The Intercept

Selon The Intercept, les documents d'Edward Snowden prouvent l'implication de cette base britannique dans le programme d'assassinats ciblés des Etats-Unis, et notamment dans des opérations au Yemen, un pays qui n'est ni en guerre contre les Etats-Unis, ni contre le Royaume-Uni. D'après Jemima Stratford, une avocate spécialisée dans la défense des droits de l'homme, cette collaboration avec le gouvernement américain serait illégale au regard du droit britannique, dans la mesure où les informations récoltées sont utilisées pour tuer des personnes qui ne peuvent pas être considérées comme des combattants. "Un individu impliqué dans ce transfert d'information pourrait être tenu responsable pour complicité de meurtre", avait-elle estimé en 2014, dans une expertise réalisée pour le parlement britannique.