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Ce chercheur cache des messages secrets dans des morceaux de musique

DJ Shed au festival Melt!

DJ Shed au festival Melt! - Alec Luhn (CC BY-SA 3.0)

Coder de l'information en faisant varier le tempo des morceaux est parfaitement possible tout en restant inaudible. Et si votre DJ préféré était un espion redoutable ?

La prochaine fois que vous irez faire la fête à Ibiza, tendez bien l’oreille car le DJ sera peut-être en train de diffuser un message top secret. En modifiant légèrement le tempo des morceaux joués, c’est- à-dire le "beat", il peut en effet y coder des messages en morse sans que cela soit perceptible à l'oreille humaine. Cette méthode a été découverte récemment par le chercheur polonais Krzysztof Szczypiorski, visiblement fan d'electro.

Comment est-ce que cela fonctionne ? Le morse repose sur un alphabet à deux lettres, typiquement un signal court et un signal long. Le mot "sos" se traduit ainsi par "+++ --- +++". Pour la musique techno, M. Szczypiorski utilise un codage légèrement différent. La première lettre est une légère augmentation du tempo, la seconde une légère diminution. Pour diffuser son message secret, il suffit donc que le DJ actionne légèrement vers le haut ou vers le bas son curseur de tempo. Pour "lire" le message, il suffirait d'avoir un logiciel d'analyse de tempo. Il en existe même des gratuits sur le marché tels que BPM Counter (Windows) ou BPM Finder (iOS).

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L'avantage, c'est que cet encodage passe totalement inaperçu lorsque la modification est légère. Le chercheur a réalisé une série de tests avec un panel d'auditeurs, dont certains étaient des musiciens professionnels. Résultat: lorsque la variation de tempo n'est que de 1 %, personne ne remarque rien. Lorsqu'elle se situe entre 1 et 2 %, seuls les professionnels sont capables de remarquer le subterfuge. Entre 2 et 3 %, la moitié de l'audience s'en rend compte. Au-delà de 3%, ce n'est plus un secret pour personne.

Voici un exemple publié par le site Motherboard. Impossible de le savoir, mais durant le morceau, le message "Steganography is a dancer" est donc transmis avec la technique du chercheur. 

Cacher des messages dans des choses banales n'est pas une simple lubie, mais un domaine de recherche ultra-sérieux appelé "stéganographie". C'est pourquoi M. Szczypiorski a baptisé sa méthode "StegIbiza". L'une des techniques de stéganographie les plus connues est l'encre invisible, où l'on écrit son message secret sur du papier avec du jus de citron ou du lait.

Dans la musique, les exemples ne manquent pas non plus. Selon M. Szczypiorski, les premiers cas connus datent d'il y a 500 ans, lorsque l'abbé bénédictin allemand Johannes Trithemius encodait des messages secrets dans les textes de ses "Ave Maria". De ce point de vue, StegIbiza est quand même nettement plus moderne.

Pour aller plus loin:

Le papier scientifique de StegIbiza