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Canal Plus fait la paix avec la filière cinéma

chaîne cryptée a signée avec les producteurs de cinéma un accord sur le financement qu'elle apportera jusqu'en 2022.

chaîne cryptée a signée avec les producteurs de cinéma un accord sur le financement qu'elle apportera jusqu'en 2022. - BFMTV

La chaîne cryptée a signée avec les producteurs de cinéma un accord sur le financement qu'elle apportera jusqu'en 2022.

"C'est un grand jour pour le cinéma français et la création. C'est un accord extrêmement positif pour l'ensemble de la filière cinéma, qui vient conforter le modèle de chaîne généraliste de Canal Plus". Jeudi 9 novembre, Franck Riester s'est félicité de l'accord signé entre la chaîne cryptée et les organisations du cinéma.

Le nouveau ministre de la Culture avait convoqué mardi au ministère les professionnels de la profession et la filiale de Vivendi. Une rencontre qui a permis de renouer le dialogue qui avait été interrompu depuis que Canal Plus avait mis fin aux discussions fin octobre, et débloquer la situation. 

"Le cinéma est de loin la première motivation d'abonnement à Canal Plus. Et le cinéma français est un élément essentiel de notre offre", a souligné le président du directoire de la chaîne, Maxime Saada, en signant l'accord lors des journées de l'ARP à Dijon.

Sur le fond, cet accord régi les relations entre la chaîne et la filière jusqu'à fin 2022. Il succède à un précédent accord qui expirait fin 2019. Il prévoit d'abord que la chaîne Canal Plus, dont l'autorisation de diffusion en TNT expire en 2020, postule à un renouvellement de cette autorisation. Par ailleurs, Canal Plus pourra désormais produire des films français, alors que l'accord précédent le lui interdisait. Précisément, sa filiale StudioCanal pourra désormais être producteur délégué d'au maximum quatre films par an. 

Changement nécessaire

Mais l'essentiel de l'accord concerne les obligations d'investissement dans les films français et européens -un élément essentiel car Canal Plus reste le premier financier du cinéma hexagonal, avec 114 millions d'euros en 2017. Les obligations resteront assises sur le nombre d'abonnés à la chaîne cryptée, ainsi que son chiffre d'affaires. La chaîne devra toujours 12,5% de son chiffre d'affaires dans les films européens, dont 9,5% dans les films français. 

Toutefois, la méthode de calcul a été profondément revue. Un changement qui était rendu nécessaire par les nouvelles offres lancées depuis l'automne 2016. En effet, la chaîne cryptée est désormais vendue à des tarifs très divers, allant de 10 à 40 euros par mois, alors le tarif à 40 euros prédominait auparavant. Dès lors, la question était de savoir si, dans les obligations, un abonné payant 10 euros par mois devait peser autant qu'un abonné à 40 euros.

L'accord signé prévoit qu'une décote sera désormais appliquée en fonction du tarif payé par l'abonné. Par exemple, un client payant 40 euros ou plus comptera pour 1 abonné dans les obligations, mais un client payant 30 euros comptera pour 0,75 abonné dans les obligations. Toutefois, un plancher a été fixé: tout client payant 27 euros ou moins comptera pour 0,67 abonné dans les obligations.

Par ailleurs, cette grille ne vaut tant que le tarif à 40 euros reste le tarif le plus utilisé au sein du portefeuille d'abonnés. Si un jour, le tarif le plus utilisé est moins élevé, tombant par exemple à 30 euros, alors ce tarif deviendra la nouvelle référence, et tout client payant 30 euros ou plus comptera désormais pour un abonné dans les obligations.

Casse tête

Autre problème: depuis l'automne 2016, la chaîne Canal Plus est aussi vendue dans des packs avec d'autres chaînes thématiques. Par exemple, un pack cinéma à 20 euros par mois, ou un pack sport à 30 euros par mois... Dès lors, la question était de savoir quel est le chiffre d'affaires attribuable à la chaîne Canal Plus dans de tels packs.

Une véritable casse-tête mais qui a des conséquences importantes. En effet, si le chiffre d'affaires attribué à la chaîne Canal Plus est faible, alors l'obligation d'investissement (qui est indexée sur ce chiffre d'affaires) sera elle aussi faible. En pratique, l'accord prévoit que Canal Plus proposera une méthode de calcul de la quote-part de la chaîne cryptée, et que le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) vérifiera que cette méthode est juste. Cela formalise le système déjà en vigueur, où le gendarme de l'audiovisuel vérifiait chaque année si la chaîne cryptée remplit bien ses obligations. D'ailleurs, le CSA vérifie actuellement si les obligations ont bien été remplies en 2017, qui est la première année où sont apparus les packs, et donc l'application d'une quote-part. Cela a entraîné une forte chute (-27%) des obligations de la chaîne.

Enfin, et non des moindres, l'accord de paix signé jeudi débloque aussi la négociation sur les délais de disponibilité des films -ou chronologie des médias dans le jargon du secteur. Un autre accord sur ce point devrait donc intervenir prochainement -"dans les prochains jours", a promis Franck Riester. 

Jamal Henni, à Dijon