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Après France Télécom, les suicides dans la police inquiètent

Sous l'impulsion des syndicats, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a décidé de s'attaquer au taux alarmant des suicides dans la police, qui est l'un des plus élevés des pays occidentaux et qui est supérieur de 36% à celui du reste de la populati

Sous l'impulsion des syndicats, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a décidé de s'attaquer au taux alarmant des suicides dans la police, qui est l'un des plus élevés des pays occidentaux et qui est supérieur de 36% à celui du reste de la populati - -

par Gérard Bon PARIS (Reuters) - Sous l'impulsion des syndicats, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a décidé de s'attaquer au taux...

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Sous l'impulsion des syndicats, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a décidé de s'attaquer au taux alarmant des suicides dans la police française, qui est l'un des plus élevés des pays occidentaux.

Le risque de suicide y est supérieur de 36% à celui du reste de la population française, selon l'étude qu'il a commandée à l'Institut national de la santé et de recherche médicale (Inserm) et à laquelle Reuters a eu accès.

Le taux de suicide dans la police est en moyenne de 32,4 pour 100.000 agents, un taux presque deux fois plus important que celui enregistré à France Télécom, qui a mis en oeuvre cette année un train de mesures après une vague de suicides.

Selon une étude internationale datant de 2003, le Luxembourg détient un record, avec plus de 70 suicides par an, suivi par les Etats-Unis, où le nombre est supérieur à 40 par an. Le Royaume-Uni est le pays étudié où le nombre de suicides est le plus faible, avec moins de cinq suicides par an.

Depuis 2005, 40 à 55 policiers ont mis fin à leurs jours chaque année en France. Le pic avait été auparavant atteint en 1996 avec 70 suicides, alors que les effectifs tournaient autour de 145.000 fonctionnaires. Pour la période 1998-2009, 559 suicides de fonctionnaires de police ont été enregistrés, note l'étude de l'Inserm.

Pour tirer les enseignements du rapport, le ministère de l'Intérieur a tenu en octobre dernier une session spéciale du Comité central d'hygiène et de sécurité, qui a mis en place des groupes de travail.

Une cellule de veille destinée à prévenir les suicides en garantissant l'anonymat pourrait être ainsi mise en place.

53% DES SUICIDES AVEC L'ARME DE SERVICE

Alors que la majorité des syndicats de police mettent en cause la "politique du chiffre" instaurée par Nicolas Sarkozy depuis 2002, des spécialistes des questions de sécurité doutent de la volonté de l'administration d'aller au fond des choses.

"Il risque d'y avoir une mise en cause du management, ce que le ministère veut éviter", estime Marc Louboutin, un ancien lieutenant de police auteur du livre "Flic, c'est pas du cinoche" évoquant le malaise policier.

"Il y a déjà eu beaucoup de promesses dans le passé, mais pas grand-chose de fait", ajoute-t-il.

Mais pour Philippe Sebag, secrétaire national du syndicat de police Alliance, qui s'est mobilisé pour obtenir une prise en compte du phénomène, "l'administration a fait un pas important".

"Elle n'a pas éludé le problème du management", ajoute-t-il, jugeant que la "politique du chiffre" n'est pas le fait du gouvernement mais d'une "interprétation" des directives par une partie de la hiérarchie.

Selon l'étude de l'Inserm, les suicides touchent surtout les jeunes policiers de moins de 36 ans, moins préparés au "stress intense" du métier de policier et présentant des signes de "détresse psychologique."

Le passage à l'acte peut s'expliquer aussi par une désacralisation de la mort. "Il y a un contact quasiment quotidien avec les morts violentes, le passage à l'acte paraît moins extraordinaire", explique Marc Louboutin.

RECOURS AUX PSYCHOLOGUES

Les chercheurs de l'Inserm ont également mis le doigt sur une épineuse question: 53% des policiers se suicident avec leur arme de service, qu'ils sont autorisés à emporter chez eux.

Le problème n'est pas simple, car le retrait de son arme à un policier présentant des signes de fragilité peut accroître chez lui un sentiment de stigmatisation et aggraver ses problèmes, reconnaissent les chercheurs.

"Il faut dédramatiser le port de l'arme et accroître la formation et les séances de tir", estime Philippe Sebag, qui n'est pas favorable au dépôt des armes après le service. "On peut se suicider sur son lieu de travail", remarque-t-il.

Face au stress du métier, les policiers peuvent compter sur un éventail de services d'aide, comme le Service de soutien psychologique opérationnel (SSPO) du ministère de l'Intérieur.

Si les agents se confient davantage aux 60 psychologues de ce service, qui a réalisé plus de 17.000 entretiens en 2009, d'autres restent réticents, en particulier à Paris où il faut s'adresser à sa hiérarchie pour pouvoir consulter.

"Quand on a recours aux psychologues, on se retrouve en situation de déqualification. Le psychologue peut prévenir le chef de service et ça fragilise le statut. Donc, il y a une méfiance globale", explique Marc Louboutin.

Le syndicat Alliance juge le SSPO "très performant" pour traiter les cas flagrants mais "perfectible" en matière de prévention et propose une série d'aménagements.

Philippe Sebag voudrait également une meilleure politique sociale dans la police parisienne, où de nombreux fonctionnaires venus de province se sentent déracinés.

Édité par Yves Clarisse