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Amazon conteste un contrat de 10 milliards avec l'armée américaine perdu au profit de Microsoft

Amazon a notifié un tribunal la semaine dernière de son intention de contester la façon dont l'appel d'offres a été géré. Le ministère de la Défense maintient que l'évaluation a été menée de façon impartiale.

Amazon a notifié un tribunal la semaine dernière de son intention de contester la façon dont l'appel d'offres a été géré. Le ministère de la Défense maintient que l'évaluation a été menée de façon impartiale. - ALEX WONG-GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Amazon conteste le choix par le Pentagone de Microsoft pour un contrat de stockage de données en ligne (cloud) de 10 milliards de dollars, pour lequel le géant de l'e-commerce était favori. Amazon évoque "des lacunes évidentes, des erreurs et des préjugés sans équivoque."

Fin octobre 2019, le département de la défense américain attribuait à Microsoft un gigantesque contrat de 10 milliards de dollars (9 milliards d’euros) incluant la migration de son informatique vers les serveurs hébergés dans le cloud et les datacenters gérés par le créateur de Windows. Pourtant, Amazon était vu comme le grand favori pour remporter ce contrat surnommé Jedi et a entrepris de contester cette attribution alors que sa division Amazon Web Services (AWS) fournit déjà des serveurs sécurisés à d'autres organismes gouvernementaux américains, dont la CIA.

"De nombreux aspects du processus d'évaluation du contrat comportaient des lacunes évidentes, des erreurs et des préjugés sans équivoque. Il est important que ces questions soient examinées et rectifiées", a indiqué un porte-parole du géant américain de l'e-commerce. Amazon a déclaré avoir notifié un tribunal la semaine dernière de son intention de contester la façon dont l'appel d'offres a été géré. Le ministère de la Défense maintient que l'évaluation a été menée de façon impartiale.

Le ministre de la Défense réfute les critiques d'Amazon

Le ministre américain de la Défense Mark Esper a lui-même réfuté ce vendredi les critiques d'Amazon sur le processus d'attribution du contrat. "Je suis convaincu que cela a été mené librement et manière juste, sans influence extérieure", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse à Séoul (Corée) durant laquelle il a été questionné sur les critiques d'Amazon.

Le contrat JEDI (Joint Enterprise Defense Infrastructure), qui s'étend sur une durée de dix ans, vise à moderniser la totalité des systèmes informatiques des forces armées américaines dans un système géré par intelligence artificielle.

Le Pentagone avait annoncé en août 2019 le report de son appel d'offres en attendant le feu vert du nouveau secrétaire à la Défense, Mark Esper. Il a été nommé par le président Donald Trump, qui est en mauvais termes avec Amazon et avec son fondateur Jeff Bezos, par ailleurs propriétaire du Washington Post, cible de violentes critiques du milliardaire républicain.

Il s'agit "d'envoyer paître Amazon" aurait déclaré Trump

D'après James Mattis, l'ancien secrétaire d'Etat américain à la Défense, Donald Trump lui avait dit "d'envoyer paître Amazon" lors d'une discussion sur ce contrat. Ces propos ont été rapportés par Guy Snodgrass, un proche de James Mattis, dans un livre paru en octobre. James Mattis a quitté son poste en décembre 2018, critiquant notamment la stratégie diplomatique de Donald Trump.

En juillet dernier, Donald Trump a indiqué lors d'une conférence de presse qu'il avait demandé à des conseillers d'enquêter sur le contrat JEDI, affirmant que des entreprises concurrentes avaient du fil à retordre avec Amazon. "Je reçois des plaintes considérables au sujet de ce contrat avec le Pentagone et d'Amazon... Elles disent qu'il y a des problèmes au niveau de la compétition", avait-il déclaré. Il est de notoriété publique que l’hostilité marque les relations entre le président américain et Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, et également propriétaire de l'influent quotidien américain Washington Post.

La décision d'Amazon de contester l'attribution "va faire du bruit et entraîner des délais pour ce contrat", constate Daniel Ives. Mais cet analyste de Wedbush ne pense pas que le contrat puisse changer de mains à ce stade. "Microsoft va conserver le titre de vainqueur de cette bataille durement menée depuis un an, et cela va rester un oeil au beurre noir pour Amazon et (son patron) Bezos", commente-t-il.

Frédéric Bergé avec AFP