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Allemagne: la police a utilisé illégalement les données de l'application anti-Covid dans une enquête

Un QR code

Un QR code - Arun SANKAR

Les policiers ont utilisé illégalement les données personnelles contenues dans l'application afin de retrouver des témoins présents lorsqu'un homme a fait une chute mortelle dans un bar, en novembre 2021.

La police de Mayence (Allemagne) s'est attirée les critiques en utilisant dans une enquête une application de traçage anti-Covid, similaire à la TousAntiCovid française, et destinée à aider bars et restaurants à enregistrer leurs clients et censée assurer la protection des données.

L'affaire remonte à fin 2021 mais a été rendue publique récemment: le 29 novembre, un homme a fait une chute mortelle à la sortie d'un restaurant de Mayence (ouest).

Pour retrouver d'éventuels témoins, la police locale a décidé de mettre à contribution l'application Luca, l'une des plus répandues du genre, qui assiste restaurants et bars dans l'enregistrement des clients pour permettre un traçage en cas de contamination.

Des données à l'utilisation illégale

Cet accès leur a permis de contacter 21 personnes, auxquelles le parquet de Mayence a depuis présenté ses excuses. Le commissariat local à la protection des données a annoncé l'ouverture d'une enquête.

"Le cas présent est grave car l'interdiction légale d'utiliser les données de suivi des contacts à des fins policières est clairement et sans équivoque inscrite dans la loi sur les infections", qui régit la réponse allemande à la pandémie de Covid, a estimé ce mardi 11 janvier Stefan Brink, commissaire à la protection des données du Bade-Wurtemberg dans le quotidien économique Handelsblatt.

L'application Luca enregistre lieu et durée du séjour, nom complet, adresse et numéros de téléphone. Cette application allemande contient plusieurs pare-feux pour protéger les données. Seul un service de santé peut ainsi avoir accès aux données des clients enregistrés.

Un faux cas d'infection

En date d'octobre dernier, l'application revendiquait plus de 35 millions d'utilisateurs en Allemagne, pays de 83 millions d'habitants.

Or, pour mener son enquête, la police et le parquet local ont sollicité un service de santé, qui a accepté de prétendre qu'un cas d'infection avait été détecté pour donner l'accès aux données aux enquêteurs.

"Nous condamnons cette utilisation abusive des données de l'application Luca collectées pour la protection contre les infections", dénonce l'entreprise allemande Culture4life, qui exploite cette application.

Selon l'entreprise, les demandes de ce type sont régulières mais n'ont jamais été suivies d'effets.

"Les failles de sécurité, le mode de stockage des données sensibles sans protection efficace ainsi que les services de santé mécontents et ce cas (à Mayence) suscitent à juste titre des doutes sur l'application Luca et sur la manière de traiter les problèmes de sécurité soulevés", s'alarme lui le parti libéral FDP, membre de la nouvelle coalition au pouvoir.

Victoria Beurnez avec AFP