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Procès "de la BAC Nord": 18 policiers marseillais devant la justice

18 ex-policiers de la BAC marseillaise seront jugés pour dérapages présumés, neuf ans après les faits (illustration)

18 ex-policiers de la BAC marseillaise seront jugés pour dérapages présumés, neuf ans après les faits (illustration) - -

Ces policiers de la brigade anticriminalité de Marseille sont poursuivis pour avoir dépouillé, il y a neuf ans, des trafiquants de drogue et autres revendeurs de cigarettes de contrebande.

Au tribunal correctionnel de Marseille ce lundi, ce ne sont pas des dealers mais 18 ex-policiers de la brigade anticriminalité de Marseille qui seront jugés pour leurs dérapages présumés, dans le procès dit "de la BAC Nord". S'agit-il de véritables "ripoux" ou de simples flics de terrain peu regardants avec les procédures?

Les juges devront trancher à l'issue des deux semaines d'audience où comparaîtront ces hommes âgés de 37 à 60 ans poursuivis pour avoir dépouillé, il y a neuf ans, des trafiquants de drogue et autres revendeurs de cigarettes de contrebande qu'ils contrôlaient dans des cités des quartiers nord de la ville.

"Ils se payaient sur la bête"

Barrettes de cannabis, sacoches pleines d'argent, cartouches de cigarettes: alors commandés par Jean Fiorenti, 41 ans, Mohamed Chenine, 36 ans et Bruno Carrasco, 51 ans, les trois groupes de jours de la BAC Nord se servaient copieusement, comme le laissent entendre leurs discussions, de mai à octobre 2012, alors que leurs bureaux et leurs véhicules étaient "sonorisés" par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

"Ils se payaient sur la bête, ils prélevaient leur dime", avait lâché le procureur de Marseille, Jacques Dallest, en octobre 2012, stigmatisant un service victime de "gangrène".

"Il n'y pas de place pour ceux qui salissent l'uniforme de la police", avait accusé Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, avant de dissoudre l'ensemble de la brigade. La "sonorisation" du 17 juillet 2012, mettant notamment en scène Jean Fiorenti, semble résumer l'esprit qui régnait dans le service:

"On commence à avoir un bon petit groupe, où on sait qu'on ferme nos gueules. Ce qui se dit dans la voiture reste dans la voiture."

D'autres enregistrements semblent accablants. Ici on évoque une sacoche contenant "plus de 2500 euros", volée à un dealer de la cité des Rosiers, qui permet de "régaler cinq collègues". Là c'est une perquisition illégale, "à la mexicaine", dans un appartement, où quatre policiers échouent sur le fil à voler 2.000 euros de marchandise. Puis il y a ce "gitan", selon leurs mots, à qui ils "piquent un peu de pognon". Ou ce voleur à l'arraché finalement relâché après négociation: "Allez, file nous deux barrettes (de cannabis) et on te laisse tranquille".

S'ils seront 18 sur le banc des prévenus, il ne devrait y avoir qu'une seule victime côté parties civiles. Interpellé le 31 août 2012, cité Fontvert, à bord d'une Audi A3, en possession de cocaïne, de haschich et de milliers d'euros en petites coupures, Karim Menacer accuse les policiers de la BAC Nord de lui avoir volé 9000 euros sur les 36.000 euros qu'il avait dans son véhicule, en petites coupures.

Du côté de la défense, on estime que cette affaire a été gonflée. Dénonçant "la communication tonitruante" du procureur Dallest, Me Alain Lhote, l'avocat de Bruno Carrasco préfère ironiser: "De la gangrène, on est passé au rhume des foins", assure-t-il à l'Agence France-Presse. Quant aux trois anciens de la BAC à l'origine de l'affaire, par leurs dénonciations, ce sont des "lanceurs d'alerte de pacotille", revanchards après avoir été virés du service.

"Ce dossier, c'est la montagne qui accouche d'une souris", soutient Me Frédéric Monneret, avocat de deux autres policiers.

Quelques dérapages reconnus

Revenant sur leurs propos enregistrés, les prévenus ont expliqué qu'ils s'agissaient de "plaisanteries", "de gros délires", ou de "propos humoristiques". Les cigarettes volées? Pour les donner "à des SDF" a assuré l'un d'eux. 

Certains ont reconnu des dérapages ponctuels, comme Patrick Morio, 55 ans: ces 540 euros récupérés dans la sacoche abandonnée par un dealer, c'était "un pétage de plomb". Nicolas Falquet, 37 ans, met lui en cause la politique du chiffre de la hiérarchie. Quant à Régis Dutto, 42 ans, cette sacoche volée à un dealer de la cité Félix-Pyat, c'était seulement pour rémunérer son "tonton" (indicateur) dans une autre cité, à La Castellane, affirme-t-il.

Parmi les 18 prévenus, qui comparaîtront tous libres, trois ont été révoqués après l'enquête de l'IGPN, dont Bruno Carrasco. Les 15 autres ont écopé d'exclusions temporaires ou de blâmes et sont toujours policiers. L'un d'eux a retrouvé un poste à la BAC Nord.

JP avec AFP