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La suppression de la taxe d'habitation va-t-elle faire grimper les loyers?

Les locataires vont gagner en pouvoir d'achat avec la suppression progressive de la taxe d'habitation. Les propriétaires pourront en profiter pour faire grimper les loyers, mais jusqu'à un certain point.

C'est l'une des promesses phares du candidat Emmanuel Macron lors de la présidentielle: la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages. Devenu locataire de l'Élysée, il a décidé de procéder par étape, avec deux dégrèvement avant une suppression totale pour les plus modestes en 2020 puis pour l'ensemble des Français "au plus tard d'ici à 2021", selon Matignon. La première bonne nouvelle arrivera à l'automne: "dès le mois d'octobre, 80% des Français verront cette baisse de taxe d'habitation" de 30%, soit "en moyenne 200 euros", a rappelé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, au micro de RTL ce vendredi.

En revanche, avec ce gain de pouvoir d'achat, les locataires les plus modestes pourraient être tentés de s'offrir quelques mètres carrés en plus ou louer un bien dans un quartier plus cher. Finalement, tout comme l'ouverture des APL aux étudiants dans les années 1990, la suppression de la taxe d'habitation offre un gain de pouvoir d'achat aux ménages qui, en augmentant la demande en particulier dans les zones tendues, pourrait faire augmenter les loyers.

Ce principe est le même pour tout gain de pouvoir d'achat. Qu'il s'agisse d'une hausse des APL, du RSA ou de baisses d'impôts, "la logique inflationniste existe et se ressent globalement sur les prix à la consommation" dont font partie les loyers, confirme Pierre Madec, économiste spécialiste du logement à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

La hausse des loyers plafonnée par la loi

Par ailleurs, l'État a promis de compenser le manque à gagner pour les collectivités dont les recettes sont grignotées par cette suppression. Ce qui devrait éviter une hausse des autres impôts locaux, notamment la taxe foncière, que les propriétaires auraient alors répercuté sur les loyers.

Quoi qu'il en soit, les propriétaires ne peuvent pas faire grimper les loyers à souhait. "Dans les zones tendues, le décret d'encadrement des loyers protège des effets inflationnistes", tempère Pierre Madec. Si l'encadrement du montant des loyers prévu par la loi ALUR a été annulé par la justice, 28 communes sont cependant soumises à un indice de référence des loyers (IRL) qui encadre leur progression. Il correspond au plafond des augmentations annuelles des loyers que peuvent exiger les propriétaires.

Jean-Christophe Catalon