BFM Business

Immobilier: pour en finir avec la flambée des prix, Berlin va bloquer les loyers pendant 5 ans

Des Allemands manifestant contre la cherté des loyers à Berlin.

Des Allemands manifestant contre la cherté des loyers à Berlin. - AFP

En 5 ans, les loyers ont progressé en moyenne de 27% dans la capitale allemande. À partir de janvier, les propriétaires pourraient donc se voir interdire toute augmentation.

Berlin refuse que ses loyers atteignent les niveaux parisiens et pour cela la ville a pris une décision radicale. La capitale allemande, qui est dirigée par une coalition réunissant les sociaux-démocrates, les écologistes et Die Linke, le principal parti de la gauche radicale en Allemagne, a décidé de recourir aux grands moyens face à l’envolée spectaculaire des loyers. À partir de janvier prochain et pendant cinq ans, les propriétaires ne pourront plus augmenter leurs loyers. Les maires sociaux-démocrates de Francfort et de Munich approuvent cette mesure qu’ils pourraient à leur tour mettre en place dans leur ville.

En cinq ans, le prix au mètre carré est passé de 8 euros à 10,3 euros en 2018 (soit 515 euros en moyenne pour un 50 m2). Mais cette moyenne cache d'importantes disparités. Berlin est huit fois plus grande que Paris, donc les prix des loyers vont du simple au triple selon le type de constructions et leur localisation. Dans les quartiers centraux les plus recherchés, les prix ont même augmenté deux fois plus vite que la moyenne.

Depuis des mois, des milliers de locataires défilent régulièrement dans la rue pour appeler les autorités à réglementer davantage le marché immobilier. Car les Berlinois ont longtemps bénéficié de loyers globalement abordables. Et encore aujourd'hui, leur niveau est loin d'atteindre ceux des autres grandes métropoles européennes ou américaines. A titre de comparaison, les loyers de marché (c'est-à-dire lors d'une relocation) à Paris sont en moyenne de 26,2 euros, selon les dernières données de Clameur

La grogne contre les grands groupes

En Allemagne, la grogne se porte contre des groupes immobiliers comme Deutsche Wohnen et Vonovia qui ont racheté des milliers d'édifices, profitant de prix bien plus bas que dans d'autres capitales européennes. Ils y réalisent des travaux et en profitent pour augmenter considérablement le prix des loyers. En 2018, Vonovia a ainsi augmenté son loyer moyen de 4,2%. La société détient près de 350.000 appartements.

Cette évolution des prix est portée par la popularité des grandes villes, où des Allemands mais aussi des Européens, aux revenus souvent plus élevés que la moyenne locale, viennent s'installer par dizaines de milliers chaque année sans que l'offre ne suive. "Depuis cinq ans, nous avons une croissance des constructions de nouveaux logements, mais ça ne couvre pas le déficit car trop peu de logements sociaux, de logements à des prix abordables sont construits", explique Ulrich Ropertz, porte-parole de l'association allemande des locataires.

De nombreux Berlinois sont concernés par ce blocage annoncé. La ville compte en effet près de 1,5 million de locataires. Mais les propriétaires ne comptent pas se laisser faire et comptent bien s'organiser pour dénoncer cette loi qu'ils affirment contraire à la Constitution allemande.

D. L. et P. K.