BFM Business

Qui va bénéficier le plus des réformes économiques de Macron?

Les ménages les plus modestes sont ceux qui, en proportion, gagnent le plus

Les ménages les plus modestes sont ceux qui, en proportion, gagnent le plus - Eric Ward - Pixabay - CC

Alors que l'exécutif est accusé d'avoir fait un budget "pour les riches", Bercy, dans le rapport économique et social du projet de loi de Finances pour 2018, montre qu'en proportion de leurs revenus, ce sont les ménages les plus modestes qui profiteront le plus de l'ensemble des mesures présentées d'ici à 2022.

C'est la brèche dans laquelle l'opposition tente de s'engouffrer: taxer le projet de loi de Finances pour 2018 de "budget pour les riches". Comme angle d'attaque, elle prend notamment la transformation de l'ISF en IFI (impôt sur la fortune immobilière), excluant ainsi les avoirs financiers et les biens de luxe (yachts, lingots, etc…). Un "cadeau aux riches", pour reprendre les mots, par exemple, du chef de file des députés PS Olivier Faure, pour un coût estimé à 3,2 milliard d'euros.

Depuis, le gouvernement tente de se sortir comme il peut de ce piège. Le ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, a ainsi plusieurs fois affirmé que le projet de loi de Finances était "tout l'inverse" d'un budget pour "les riches", martelant que ces mesures conduiraient à créer "l'équivalent d'un treizième mois" d'ici à 2022 pour les personnes gagnant un Smic.

Un niveau de vie en hausse de 1,1% d'ici à 2022

Le rapport économique social et financier du projet de Budget pour 2018 semble apporter de l'eau au moulin de l'exécutif. Dans ce document, Bercy a en effet analysé l'impact sur les ménages des différentes mesures annoncées par le gouvernement d'ici à 2022 en intégrant également la baisse des APL de 5 euros effectives au 1er octobre de cette année, ainsi que la hausse du RSA de septembre. Mais aussi les hausses de taxes et d'impôts (tabac, fiscalité écologique).

Plus exactement, Bercy a regardé les effets sur le niveau de vie des ménages, en décomposant par décile (c'est-à-dire que le premier décile représente les 10% des ménages qui ont le niveau de vie le plus faible, et le dernier ceux qui ont le niveau de vie le plus élevé).

Au final, Bercy estime que les Français vont, en moyenne voir leur niveau de vie augmenter de 1,1% d'ici à 2022, soit en moyenne près de 250 euros. Quand on regarde dans le détail, les ménages les plus modestes sont ceux qui, en proportion, gagnent le plus. Les 40% des foyers les moins aisés bénéficient en effet pleinement de la hausse du RSA, du minimum vieillesse, de la hausse de la prime d'activité ou encore de l'allocation versées aux jeunes parents (PAJE).

Les classes moyennes (les personnes dont le niveau de vie est supérieur aux 40% les plus pauvres et inférieur aux 30% plus riches) profitent, elles, pleinement de l'exonération de taxe d'habitation. Au final, les 70% des ménages les moins aisés auraient ainsi des gains compris entre 2,1% et 1,2% de leur niveau de vie.

-
- © Trésor

L'ISF qui fait gagner beaucoup aux plus riches

Ces gains s'estompent ensuite pour les ménages les plus riches au point que les ménages qui se situent juste avant le dernier décile, accusent, eux, une légère perte. Dans cette avant-dernière catégorie, peu de ménages vont être impactés par l'exonération de taxe d'habitations, alors qu'ils devront faire face à la hausse des prix du tabac et surtout celle de la fiscalité énergétique (malus automobile, taxe carbone, prix du gazole).

Reste le cas des 10% le plus riches, qui verraient leur niveau de vie augmenter de 1,2%, grâce à la fois à la mise en place de la flat tax à 30% sur les revenus du capital et, surtout, de la transformation de l'ISF en IFI. Ce sont donc surtout les ménages assujettis à l'ISF qui "portent" les gains chez ces ménages les plus riches.

En conséquence, ces ménages sont ceux qui y gagneraient le plus en valeur absolue. En effet, d'après l'Insee, le niveau de vie médian chez ces 10% les plus riches était de 56.640 euros pour une personne seule en 2015. Ce qui ferait alors un gain annuel de 680 euros, si l'on applique les simulations de Bercy. Alors que les ménages appartenant aux 10% les plus pauvres, dans la même logique, gagneraient eux "seulement" 173 euros.

Julien Marion