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Quels seront les effets des grèves sur la croissance ?

RATP, SNCF, Air France.... Les grèves qui débutent demain et s'étaleront jusqu'à fin juin vont-elles affecter la croissance française? L'impact des mouvements sociaux dépend bien sûr de leur intensité. De manière générale, leurs effets sont circonscrits à la période de la mobilisation et les pertes enregistrées sont généralement compensées les mois suivants.

Après le mouvement de demain réunissant SNCF, RATP, enseignants...Les cheminots débuteront en avril un long mouvement de grève, qui va s'étaler sur 36 jours (à raison de deux jours sur cinq) et perturber le réseau de la SNCF. Particuliers et professionnels seront concernés par les retards voire les annulations de leur voyage, générant un coût pour l’économie. Toute la question est alors de savoir à quel point cette mobilisation aura des effets sur la croissance.

Très peu, à en croire les statistiques de l’Insee. "Pour l’impact des grèves, la référence de longue durée est décembre 1995 et la perte était de 0,2 point de PIB trimestriel", a rappelé mardi Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l’institut. La mobilisation de 1995 contre le "plan Juppé" sur les retraites et la Sécu était d’une ampleur particulièrement grande, mobilisant à la fois les fonctionnaires et des salariés du privé. 

D'autres mouvements ont eu lieu depuis, notamment contre les réformes des retraites sous la présidence de Nicolas Sarkozy ou contre la loi travail sous François Hollande. Les grèves n’ont "pas énormément d’effet" sur la croissance a affirmé Julien Pouget, ajoutant qu’elles peuvent faire varier le PIB de 0 à 0,1 point "selon l’intensité". Bref, rien de bien alarmant.

Les gains sont reportés sur les mois après la grève

Surtout, l'impact des mouvements sociaux n'est visible qu'à court terme, autrement dit le trimestre où ils ont eu lieu. Les secteurs concernés enregistrent des pertes sur le coup, mais reportent les gains sur le trimestre suivant.

Pour prendre un exemple récent, les grévistes avaient bloqué les raffineries en 2016 lors du mouvement contre la loi El Khomri. Au deuxième trimestre, autrement dit d’avril à juin en plein pendant les mobilisations, l’activité de raffinage s’était contractée de 12,8%. Le trimestre suivant, elle a enregistré une progression de 13,6%, d’après les données de l’Insee. Finalement, les branches touchées par les grèves ont porté la reprise de l'industrie au troisième trimestre. 

Les mouvements sociaux peuvent aussi perturber le tourisme. Ce dernier aura plus de mal à rebondir, mais, pour 2016 par exemple, les attentats avaient fortement pénalisé le secteur, bien plus que les grèves.

Si l’économie peut enregistrer des pertes à court terme, les grèves ne devraient pas nuire à la croissance sur l'année. Pour 2018, l’Insee prévoit un léger ralentissement, mais maintient des perspectives robustes. La France pourrait enregistrer 1,9% de croissance, contre 2% en 2017.

Jean-Christophe Catalon