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Pourquoi les 110 km/h sur autoroute coûteraient 900 millions d'euros à l'économie française

Un embouteillage sur l'autoroute A6 le 9 juillet 2011 près de Palaiseau.

Un embouteillage sur l'autoroute A6 le 9 juillet 2011 près de Palaiseau. - FRED DUFOUR - AFP

Si la diminution de vitesse maximale sur autoroute permettrait d'économiser du carburant et de diminuer les accidents, le nombre d'heures perdues par l'allongement de la durée des trajet coûterait près d'un milliard d'euros à l'économie française.

Baisser la vitesse maximale à 110 km/h sur l’autoroute pour diminuer les émissions de CO2. Si la proposition choc de la convention citoyenne pour le climat fait grincer des dents, quels en seraient les effets sur l’économie?

Cela peut paraître secondaire mais c’est une question qui pourrait aussi avoir son importance sur l'avenir de cette proposition. D’ailleurs la convention citoyenne fait une estimation de gain de pouvoir d'achat: passer de 130 à 110 km/h de vitesse maximale sur autoroute permettrait aux automobilistes d’économiser 1,40 euro aux 100 km. Si vous roulez 10.000 km par an sur autoroute, votre gain serait donc de 140 euros.

Un gain finalement assez minime. Car diminuer de 20 km/h la vitesse maximale ne diminuerait pas d’autant la vitesse réelle. Si la vitesse maximale sur autoroute est de 130 km/h, la vitesse moyenne des automobilistes qui l'empruntent n’est que de 113 km/h. Et selon le Commissariat général au développement durable (CGDD) qui a planché sur le sujet, une baisse de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée entraînerait une baisse de la vitesse effective de 5 km/h seulement.

Autrement dit, au lieu de rouler en moyenne à 113 km/h de moyenne sur autoroute, les automobilistes rouleraient à 108 km/h. Cette baisse de la vitesse entraînerait une diminution de la consommation de carburant de 4,7% ce qui représenterait 0,9 million de tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère.

65 millions d'heures perdues

Là encore un gain certain mais assez faible. "Ce serait fort peu: ça représente 0,7% des rejets de CO2 de la circulation routière, 0,2 % des rejets de la France, 0,02 % des rejets de l’Europe et 0,002 % des rejets du globe", estime l'économiste Rémy Prud'homme, spécialiste des questions environnementales.

Des émissions réduites, mais un coût certain pour l'économie. Car qui dit vitesse réduite, dit temps perdu. Un commercial verrait moins de clients, un infirmier moins de patients, un camion livrerait moins d’entrepôts etc. Comment calculer cette perte d’activité? L’économiste Rémy Prud'homme s’y est attelé. En prenant en compte l’abaissement de la vitesse moyenne, le nombre de personnes concernées (1,7 passager en moyenne par voiture), il estime à 65 millions d’heures perdues par an l’impact de cette mesure. Soit l’équivalent du temps de travail annuel de 50.000 travailleurs.

Transposé en euros sonnants et trébuchants, cela représente un coût de coût de 936 millions d’euros. Bien supérieur aux gains des accidents évités (estimé à 48 millions d’euros par le CGDD) et aux gains des rejets de CO2 évités (4 millions d’euros).

Donc sur le plan économique, cette mesure serait défavorable à hauteur d’environ 900 millions d’euros pour l'économie française. "Ce n’est pas nécessairement du PIB de perdu, c’est aussi du loisir dont on ne profite pas", précise l'économiste.

Une décision pas anodine sur le plan économique mais qui permettrait de sauver des vies. Une diminution de 4 % de la vitesse moyenne entraînerait une diminution de 10% du nombre de morts sur autoroute, soit 16 personnes sauvées sur un nombre total de 157 personnes qui ont perdu la vie sur une autoroute en 2019. Et ça, ce n'est évidemment pas chiffrable.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco