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Pourquoi la Corse aurait plus de mal à être indépendante que l'Alsace

Porto Vecchio en Corse

Porto Vecchio en Corse - Markus4 - Flickr - CC

L'Île de Beauté reste une région assez pauvre en termes de PIB par habitant. Son industrie réalise un chiffre d'affaires à l'export 500 fois plus petit que celui de l'Alsace Mais le dynamisme de sa démographie lui a permis de connaître une croissance impressionnante.

Alors que la Corse est actuellement le théâtre d'importantes violences xénophobes, la question de l'indépendance de l'Île de Beauté refait surface depuis la victoire des nationalistes aux élections régionales.

Interrogé ce lundi 28 décembre sur BFMTV-RMC, Jean-Guy Talamoni, le nouveau président de l'Assemblée de Corse a affirmé que "la question de l'indépendance viendra en son temps et sera tranchée par les Corses de la manière la plus simple et plus naturelle qu'il soit, c'est-à-dire un suffrage". L'indépendantiste a toutefois reconnu qu'"on sait très bien que les Corses ne sont pas prêts aujourd'hui à voter majoritairement pour l'indépendance".

3,59 milliards de l'État

Si indépendance il y a, ce sera donc pour plus tard. Dans ces conditions, il est difficile de concevoir l'indépendance économique de la Corse. Selon un article de Corse-matin de 2013, qui s'appuyait alors sur les chiffres de la préfecture de Corse, l'État consacrait d'ailleurs pas moins 3,6 milliards d'euros en 2012 à l'Île de Beauté, un montant comprenant les dotations aux collectivités locales, les rémunérations et les retraites des fonctionnaires ou encore les dépenses de santé. Ce total correspond à 44% du PIB de la Corse, qui était de 8,17 milliards d'euros en 2012.

Le chiffre doit néanmoins être nuancé. L'Île de Beauté rapporte également à l'Etat, via les cotisations sociales et les impôts. On ignore précisément à quelle hauteur. Le site indépendant Corse-Économie évalue toutefois l'ensemble de ces rentrées à 2,4 milliards d'euros pour l'année 2010. Ce qui laisserait un "trou" de 1,2 milliard…

La plus forte croissance des régions sur 20 ans

En laissant de côté cette épineuse question de l'indépendance, il faut rappeler que la Corse reste une région relativement pauvre. Son taux de chômage était de 11% à fin juin, selon l'Insee, soit 1% de plus que sur l'ensemble de la France. Le PIB de l'île de Beauté est le plus faible de l'ensemble des régions de la France avec 8,17 milliards d'euros. Soit près de la moitié de l'avant-dernier, le Limousin (17 milliards en 2012). La Corse comptant à peine 316.000 âmes, son PIB par habitant se chiffrait à 25.523 euros en 2012, soit 4,8% de moins que la moyenne des régions hors ile-de-France.

La richesse par habitant reste donc faible en Corse. Mais la région est sur une pente ascendante. En effet, en 1990 le PIB par habitant de l'île était inférieur de 12% à celui des autres régions (hors Ile-de-France)! L'écart a donc été divisé par presque trois en un peu plus de vingt ans. "La Corse est passée de la 22e et dernière place des régions de métropole en 1990 à la 14e en 2011", notait ainsi l'Insee en 2014.

La raison est simple: entre 1990 et 2011, la Corse est la région qui a connu la croissance la plus dynamique, selon l'Insee. En fait, après avoir été à la traîne au début des années 90, elle connaît entre 1997 et 2008 une croissance moyenne annuelle de 3,3%. Chiffre qui a ensuite baissé à 2,4% entre 2008 et 2010. Elle a également été la seule région à ne pas avoir connu de récession après la crise. Sur la période 1997-2011, le chômage passe ainsi de 13,6 à 9,2%.

Une économie peu ouverte

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces bonnes performances. La Corse est une économie principalement tirée par le secteur tertiaire (les services). L'économiste Philippe Crevel soulignait ainsi sur son blog que cette faible dépendance au secteur industriel a fait que l'Île de Beauté n'a pas eu à pâtir de la désindustrialisation. Il rappelait également que le BTP a été dopé par un plan d'équipement et d'investissement qui représentant 900 millions d'euros engagés entre 2002 et 2010).

L'Insee note également qu'en tant qu'économie de services, la Corse a été faiblement touchée par la baisse de la demande mondiale. Il faut dire qu'elle exporte très peu (58 millions d'euros en 2014, soit 500 fois moins qu'une région comme l'Alsace) et que la faible production industrielle (agroalimentaire, énergie) est presque exclusivement tournée vers la consommation locale.

Sa forte croissance démographique (l'une des plus élevées en France) est également un atout car "les résidents consomment, apportent une force de travail, voire créent des entreprises et participent au renouvellement économique" sur l'Île, indique l'Insee. L'économie corse, très locale, est donc peu connectée de la conjoncture.

Revers de la médaille: elle ne bénéficie que très peu d'une éventuelle reprise de la demande mondiale. Enfin il faut souligner que l'Île de Beauté es très dépendante du tourisme, qui représentait 31% de son PIB, en 2011. En outre, un emploi sur dix était lié à ce secteur cette même année.

J.M.