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Pour être embauché, un cuisinier s’est fait passer pour un meilleur ouvrier de France

L’hôtel-restaurant le Foirail, situé dans la Haute Loire

L’hôtel-restaurant le Foirail, situé dans la Haute Loire - Le Foirail

Le patron de l’hôtel-restaurant le Foirail, situé en Haute-Loire, croyait avoir trouvé la perle rare avec ce chef de cuisine qui disait avoir travaillé pour Bocuse et Troisgros. Mais son CV était truqué.

Christophe et Sandrine Schirm ont repris l’hôtel-restaurant le Foirail à Saint-Haon, un établissement perché dans un joli bourg à la limite des gorges de l'Allier, il y a trois ans. L'affaire marche bien, et ils ont besoin d'une troisième personne pour les aider. Aussi, quand un de leurs clients leur met en avant son prestigieux parcours de cuisinier ayant oeuvré dans les plus grands établissements et qu'il leur propose de travailler pour eux, ils ne croient pas en leur chance.

"Cela faisait deux ans qu'il venait régulièrement manger à ma table. Il m'avait parlé de son parcours à l'international, qu'il avait travaillé en Suisse, en Australie, à Hong-Kong. Et qu'il avait été formé chez Bocuse et Troigros. Entre deux conversations, il m'avait proposé de travailler pour moi, mais j'avais décliné, estimant qu'il était trop cher pour moi au vu de son parcours', explique le restaurateur de Haute-Loire.

Mais finalement, les discussions avancent, le cuisinier explique vouloir se poser en France à quelques années de la retraite, et que l'établissement Le Foirail correspond totalement à ses attentes. Il y a deux semaines, les hommes s'entendent sur un salaire de 1800 euros net. Avec la promesse d'une augmentation si la clientèle se faisait plus présente grâce à sa cuisine.

Un article dans la presse régionale permet de lever le lièvre

Le cuisinier fait jouer son réseau et son embauche est relatée dans le journal de l'Eveil de la Haute-Loire . C'est à ce moment que Christophe Schirm découvre qu'il confie sa cuisine à un Meilleur Ouvrier de France, un titre prestigieux donné à l'issue d'un concours très selectif qui récompense l'excellence de l'artisanat.

"C'est lorsqu'il a fallu prendre la photo pour illustrer l'article, qu'il a sorti sa veste au col tricolore, le signe distinctif des MOF. Je n'en revenais pas moi-même qu'un cuisinier meilleur ouvier de France soit venu dans mon restaurant pour déguster ma cuisine, moi qui me suis reconverti dans le métier récemment", relate Christophe Schirm.

C'est la plublication de cette photo qui a permis de mettre au jour la superchie. Lundi, le restaurateur reçoit un appel du bureau régional des Meilleurs ouvriers de France, qui lui explique n'avoir nulle trace de cet homme dans ses fichiers.

"C'est la douche froide. Je lui en parle, et il dit dans un premier temps que l'on se s'est pas compris, puis il finit par avouer son imposture. Il explique avoir acheté sa veste pour ses services à l'étranger, pour promouvoir la cuisine française à l'international", poursuit le restaurateur.

Christophe Schirm met fin à la période d'essai du cuisinier il y a deux jours et va déposer une main courante pour cette usurpation de CV.

" Je fais confiance aux gens, mais dès qu'elle est rompue, c'est sans appel", tranche le restaurateur. Il ajoute néanmoins avoir été étonné des services proposés par le prétendu MOF, les clients trouvant que sa cuisine était moins bonne que celle du patron. "Alors que j'oeuvrais en salle, j'ai dû lui donner un coup de main pour dresser les assiettes, il ne s'en sortait pas, cela m'avait étonné", se souvient l'entrepreneur.

Mais cette mauvaise aventure n'a pas porté préjudice à son restaurant, qui continue à faire le plein. " Je ne sais pas si on peut dire que c'est une mauvaise ou bonne publicité", reconnaît le patron. Il cherche toujours du renfort, pour un personne qui s'occuperait soit de la partie hôtel soit du restaurant. Mais cette fois, il faudra présenter des références sérieuses pour être embauché.

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco