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Voilà pourquoi le gazole est à moins de 1 euro dans certaines stations

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A New York le baril est tombé à moins de 39 dollars, son plus bas niveau depuis janvier 2009. Si le litre de gazole ne connait pas la même décrue, il vient déjà de tomber à moins de 1 euro dans certaines stations.

Le gazole à moins de 1 euro? C'est ce qu'ont découvert les automobilistes originaires des Deux-Sèvres en début de semaine. Selon Auto Plus, cinq stations sont passées sous la barre symbolique à 0,999 euro le litre. Il s'agit de supermarchés situés à Niort et à Magné. Et ce n'est sans doute que le début puisque le litre de carburant pour diesel est tombé à 1,118 euro le litre en moyenne, soit son plus bas niveau depuis le début de l'année. 

Pourquoi une telle décrue? Parce que les cours s'effondrent. Il n’y a pas que les bourses qui plongent. Depuis quelques semaines, le pétrole aussi est très chahuté sur les marchés. Le cour du baril à New York (WTI) est passé en séance aujourd’hui sous la barre des 39 dollars, ce qui ne lui était plus arrivé depuis janvier 2009. Depuis juin 2014, son plus haut dans la période récente, le baril a chuté de près de 60%. 

Celle-ci est due à une combinaison de facteurs provoquant une augmentation de l'offre, d'un côté, avec une forte production en provenance des États-Unis et de l'Arabie saoudite, et, de l'autre, une baisse de la demande consécutive au ralentissement de l'économie chinoise.

Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Selon une note de la Banque mondiale, la levée des sanctions des Etats-Unis et de l’Union Européenne sur l’Iran devrait accroître la production mondiale de l’ordre de 1 million de barils par jour. L’organisation estime que d’ici 2016, le prix du baril devrait baisser d’encore au moins 10 dollars. Si la prévision s’avère juste, il faudra cette fois remonter à septembre 2003 (28,50 dollars) pour retrouver un pétrole aussi bon marché.

Evolution du prix du baril de pétrole à New York depuis 3 mois

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Les automobilistes peuvent-ils pour autant s’en réjouir ? Oui mais pas autant qu’ils pourraient l’espérer. Oui car le prix du gazole à la pompe a tout de même beaucoup baissé depuis un an et demi. Ainsi, lorsque le baril de brent à Londres s’échangeait à 110 dollars en décembre 2013 (le cours du pétrole en Europe est celui de Londres mais il est fortement corrélé au WTI américain), le litre de gazole était en moyenne 1,33 euro en France. Il est depuis tombé à 1,17 euro en juillet alors que le même brent était à 56 dollars à Londres. Une baisse certes mais pas encore dans les mêmes proportions.

Pourquoi ? Parce que le pétrole ne représente qu’un tiers du prix payé à la pompe. Viennent ensuite le raffinage, la distribution et le transport (ce dernier dépend d’ailleurs du prix du pétrole…) qui représente un peu moins de 20% du prix payé par l'automobiliste. Le gros du prix étant constitué de taxes. La TVA à hauteur de 20% et surtout la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (l’ex-TIPP). Cette dernière qui représente 46,82 centimes pour le litre de gazole et 62,41 pour le Super sans plomb est calculée en fonction des volumes produits et est fixée par la loi de finance. Quel que soit le montant du brut, elle restera fixe jusqu’à la prochaine loi et son poids va automatiquement augmenter avec la baisse du prix du pétrole.

Reste que cette taxe existait en janvier 2009 au moment où le prix du pétrole flirtait déjà avec la barre des 40 dollars le baril. Pourtant le litre de gasoil était alors en moyenne à 98,31 centimes en France soit 15% de moins qu’aujourd’hui. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que le dollar s’est fortement apprécié depuis. En janvier 2009, 1 euro valait 1,32 dollar, il n’en vaut plus que 1,15 aujourd’hui soit une baisse de 13%. Or le pétrole s’achetant en dollar, la baisse de l’euro par rapport à celui-ci prive le consommateur européen d’une partie de la chute des cours.

Les pétroliers se goinfrent-ils ?

Les compagnies pétrolières ont-elles limité la baisse des prix à la pompe ? C’est ce que révèle en tout cas le Parisien. Selon une enquête du quotidien, elles auraient profité de la baisse des cours pour accroître leurs marges et ce dans un contexte de surproduction et de fermetures de raffineries. Selon le calcul du Parisien, la marge prélevée sur la tonne de pétrole raffiné serait passée de 30 à 52 euros en 2015, soit un total de 1,3 milliard d’euros supplémentaire. Pour l’automobiliste, cette marge supplémentaire représente 4 centimes d’euro par litre à la pompe.

Frédéric Bianchi