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Pétrole: l’hypothèse folle d’un baril à… 5 dollars?

Surproduction, inaction de l'OPEP, retour de l'Iran... Dans un marché où rien ne semble ni freiner ni arrêter la baisse des cours du pétrole, les marchés se préparent à des scénarii extrêmes.

Surproduction, inaction de l'OPEP, retour de l'Iran... Dans un marché où rien ne semble ni freiner ni arrêter la baisse des cours du pétrole, les marchés se préparent à des scénarii extrêmes. - Scott Olson - Getty Images North America - AFP

Impossible… et pourtant. Jamais les analyses et les rapports autour du marché pétrolier n’ont été aussi noirs. Dans un marché où les cours sont sur des plus bas de 11 ans, et qui va encore être surapprovisionné pendant sans doute des années, les prévisionnistes se mettent à tester les scenarii les plus extrêmes.

Le marché croule autant sous le pétrole bon marché que sous les analyses et les prévisions. Et chacune est plus alarmante que la précédente. Si bien que les investisseurs ne savent plus vraiment où fixer leurs objectifs de cours en ce moment. "Les analystes sont perdus, impossible d’avoir un état précis des perspectives d’offre et de demande", estime Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC.

"On a un flou persistant sur les perspectives d’offres, avec l’enjeu-clé qui va être le retour de l’Iran sur le marché de l’export, et sur l’offre aussi, avec des perspectives de croissance mondiale très floues. Résultat, tout le monde est perdu".

Plus bas de 11 ans

De sombres perspectives, alors que le pétrole se trouve déjà sur des plus bas de 11 ans, avec un baril de Brent de Mer du Nord qui a touché hier 36,04 dollars, et que les prix du gazole à la pompe n'ont jamais été aussi bas. Mais la correction de 70% qui touche les cours depuis un an et demi ne semble pas connaître de trêve. Chaque petit rebond est l’occasion de vendre encore.

Les analystes des grandes banques d’affaires, dans l’état actuel de l’offre et de la demande, ont désormais des objectifs clairs: JPMorgan voit le baril de brut léger américain (WTI) du côté des 30 dollars à court terme, et Goldman Sachs est même à 20 dollars.

Le pessimisme du FMI

Mais la note publiée lundi 21 décembre par le FMI laisse entrevoir une correction d’une toute autre dimension. Le Fonds Monétaire International estime que l’enjeu principal désormais est donc le retour de l’Iran. Le pays a besoin d’exporter pour faire repartir sa machine de production après des années de sanctions économiques américaines.

L’Iran doit donc éliminer ses stocks et exporter de nouveau. Et le pays est le 2ème producteur du cartel de l’OPEP, juste après l’Arabie Saoudite. Donc dans un marché déjà surapprovisionné, l’Iran va progressivement déverser 4 millions de barils-jours de production, et des stocks estimés à 3 ou 4 milliards de baril.

Impact supplémentaire: jusqu'à 15 dollars

Tout cela va être progressif, mais le FMI estime que l’impact négatif sur les prix globaux du pétrole devrait être de l’ordre de 5 dollars par baril dans un premier temps… à 15 dollars quand le pays sera au maximum de ses capacités d’exportation. 15 dollars sur un baril projeté à 20 dollars dans quelques semaines sur le scénario le plus noir…

Cette projection extrême d’un baril réduit à 5 dollars est pour l’instant peu vraisemblable. Tout simplement parce que si les prix restent sur cette tendance, les principaux acteurs de l’industrie vont devoir passer à l’action. 

Action nécessaire et inéluctable

Déjà les pays producteurs. Même si l’Arabie Saoudite reste ferme sur ses quotas de production et ceux de l’OPEP, elle n’est désormais pas contre une initiative concertée. Mais parallèlement, elle doit juguler la montée en puissance de l’Iran, son principal rival, et continuer à maintenir la pression sur l'allié traditionnel de Téhéran, la Russie. Le tout au prix d'une situation budgétaire de plus en plus complexe.

C’est du côté des États-Unis qu’on attend aussi une poursuite des efforts, notamment du côté des gaz de schiste. Car malgré une énorme restructuration, des fermetures de puits et même des fuites géantes de capitaux et des faillites d’entreprises, la production de pétrole de roche ne ralentit pas depuis 2 ans. 

Les grands pétroliers de plus en plus menacés

Et si le pétrole bon marché fait les affaires des consommateurs et de certains secteurs industriels, il ne fait en revanche pas du tout les affaires des grandes majors pétrolières. Ces dernières réussissent tant bien que mal à investir et à conserver de la rentabilité au prix de gros efforts, mais avec en tête un pétrole qui reste encore entre 45 et 60 dollars le baril.

Des prix durablement du côté des 30, voire moins, changent encore la donne. Et vont contraindre ces géants industriels à un deuxième tour de purge qui laissera des traces profondes, sur le secteur pétrolier et sur le para-pétrolier, ce qui modifiera durablement les grands équilibres énergétiques de la planète.

Les priorités industrielles en train de changer

Sans compter les conséquences induites. Les chiffres sont confidentiels pour la plupart, mais chez la majorité des grands constructeurs automobiles européens par exemple, tous les programmes de recherche et de développement sur la voiture hybride et électrique sont désormais en forte baisse.

Le pétrole bon marché est le meilleur allié d’une industrie soucieuse d’écouler ses stocks d’automobiles thermiques et d’investir sur des solutions plus rémunératrices, l’hybridation et la propulsion électrique restant des solutions chères à développer, à commercialiser et à rentabiliser.

Vers une réaction... ou une crise sans précédent

Bref, des équilibres structurels géopolitiques, économiques et environnementaux sont en train de changer avec cette chute continue du baril.

Et si aucun rebond des prix n’est prévu désormais pour 2016, tout le monde attend de l’action du côté des pays producteurs et des industriels, car on est sans doute face à ce qui pourrait potentiellement constituer la plus grave crise énergétique de toute l’histoire.

Antoine Larigaudrie