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Pétrole: à qui profite la baisse des cours?

Conséquence qui peut paraître étonnante de la baisse des cours du brut, la demande pour le transport de pétrole par supertanker n'a jamais été aussi forte depuis 7 ans !

Conséquence qui peut paraître étonnante de la baisse des cours du brut, la demande pour le transport de pétrole par supertanker n'a jamais été aussi forte depuis 7 ans ! - Atta Kenare - AFP

Les cours de l’or noir semblent promis à une nouvelle phase de correction. Pourtant, même au milieu des incertitudes, plusieurs intervenants arrivent à tirer parti de la baisse des cours pour dégager plus de profits et même accélérer leur développement. Petite revue de détail.

Séquence complexe pour les matières premières. Dans un marché toujours turbulent, mais toujours marqué par une excellente performance des actions et des produits financiers, l’ensemble des matières premières subit un mouvement de correction net, qui touche aussi bien l’or, que les autres métaux précieux et industriels, minerais de base, ainsi évidemment que le pétrole.

Résultat de cette nouvelle phase, après celle entamée dès la fin de l’année dernière, un indice Bloomberg des matières premières en forte baisse. Alors que les marchés actions enchaînent les séances de progression, le Bloomberg Commodities Index en est à 5 journées de repli consécutives, du jamais vu depuis 2005… et surtout on tombe à 96.3, un plus bas datant de 2002 !

Or et pétrole en tête

Même si le mouvement est général, ce sont avant tout l’or et le pétrole qui mènent la danse, l’un touché par un ensemble de facteurs d’ordre monétaires, l’autre atteint par toute la difficulté à anticiper sur le long terme l’impact du retour progressif de l’Iran sur le marché du brut, ainsi que les perspectives de croissance et de demande mondiale dans un marché surapprovisionné.

Pour ce qui est du pétrole, il est logique que les grandes majors du secteur, ainsi que les parapétroliers, les sociétés qui fournissent des services d’exploration ou des technologies de forage et de production spécifiques, soient atteints par ce repli continu. Les cours rendant de fait un grand nombre de projets non-rentables, et occasionnant une restructuration massive de l’appareil de production un peu partout dans le monde.

Achats sur repli stratégiques

Pourtant, certains secteurs en profitent. Le tourisme, le secteur aérien et dans une moindre mesure l’industrie manufacturière, voient leur facture énergétique baisser. Mais l’effet est loin d’être évident, s’il est en plus couplé avec les fluctuations de changes, vu qu’on paye toujours son pétrole en dollars, un dollar qui n’arrête pas de grimper en ce moment, et qu’il y a toujours des effets d’ajustement étant donné que les produits pétroliers sont achetés à échéance et soumis à d’importants systèmes de couverture.

Et un type d’entreprise profite directement et à plein de ce qui se passe sur les cours du pétrole, celui du transport maritime. En effet, la forte baisse des cours incite énormément de pays à acheter discrètement de grandes quantités de pétrole brut auprès de différents intermédiaires, de manière à se faire livrer en très grandes quantités, sans trop se faire repérer de manière à ce que les cours ne se mettent pas à grimper subitement.

Coûts de transport en hausse marquée

Ils font pour cela appel à un grand nombre de compagnies de transport maritime, qui en ce moment voient la demande très fortement augmenter notamment pour les supertankers, les pétroliers de grande capacité.

L’indicateur le plus parlant, le baromètre du secteur, est le coût de location journalier d’un super pétrolier sur la route maritime Arabie Saoudite (plus gros producteur) – Japon (son plus gros importateur). Et on arrive au tarif de 93.600 dollars, ce qui constitue un plus haut de 7 ans.

Chine et Japon aux manettes

Et les flux d’investissements en matière de capacité de stockage de transport montrent que tout converge en ce moment vers la zone Asie Pacifique, donc très clairement la Chine et le Japon, que ce soit en provenance de la zone du Golfe, que des Caraïbes et même d’Amérique Latine.

Il parait donc clair que Chine et Japon en tête sont en train de remplir leurs stocks pétroliers à peu de frais, et ça commence à avoir un impact sensible aussi sur ce qu’on appelle le Baltic Dry Index, l’indice qui mesure l’activité du transport maritime, un indicateur d’activité économique très suivi. Ce dernier vient d’enchaîner 12 séances de hausse consécutives, ce qui ne s’était pas observé depuis 2 ans.

Equation complexe production-transport

Une période faste donc pour les transporteurs maritimes qui dégagent ainsi beaucoup de cash, et qui peuvent investir dans de nouvelles capacités, notamment la construction de nouveaux navires… alors que l’industrie pétrolière, elle, n’en finit pas de rationnaliser l’exploitation de ses gisements !

Equation complexe pour un secteur qui, quoi qu’il arrive, pendant plusieurs années, va devoir vivre avec une réelle pression durable sur les cours de la matière première qui fait ses bonnes… et mauvaises affaires.

Antoine Larigaudrie