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Les cryptomonnaies vertes sont-elles vraiment vertes?

Comme quantité de supports d’investissement, les cryptomonnaies n’échappent pas au verdissement de l’économie. De plus en plus se présentent comme étant adossées à des projets à vocation durable et responsable. Encore faut-il occulter la façon dont elles sont conçues…

Soutenir des projets éthiques aussi bien pour l’homme que pour l’environnement dans lequel il évolue. Sur le papier, l’ambition des cryptomonnaies "vertes" est limpide. Quand certaines ont vocation à réduire la pollution plastique dans les océans, d’autres aspirent à gratifier les utilisateurs de monnaies numériques pour leurs bonnes actions en matière de développement durable. Quelques-unes vont même jusqu’à financer des projets de transition énergétique. C’est le cas de Klima. Une cryptomonnaie qui a pour but d’accélérer l’appréciation du prix des actifs carbone. Autrement dit de contraindre les entreprises et les économies à s’adapter plus rapidement aux réalités du changement climatique. C’est également le cas de SolarCoin qui vise, elle, à rendre gratuit la production d’énergie solaire.

Une production extrêmement énergivore

Le fait est que la production de cryptomonnaies comme le bitcoin est extrêmement énergivore… Si les initiatives et les ambitions des cryptomonnaies vertes semblent louables, la manière dont elles sont conçues pose question, voire quelques problèmes éthiques. Et ce, parce qu’elles vont à l’encontre du caractère responsable que l’on adosse par exemple aux actifs labélisés ISR qui ont, eux, pour but de soutenir l’économie réelle. En outre, les cryptomonnaies sont des actifs particulièrement spéculatifs. Ce qui peut, là encore, aller à l’encontre d’une finance dite durable et responsable qui tient compte du fait que les ressources de la planète ne sont pas illimitées.

A titre d’exemple, l’université de Cambridge indiquait dans une étude publiée en février 2021 que la consommation annuelle d’électricité pour le minage des bitcoins était similaire à celle de l’Argentine, et que la cryptomonnaie émettait autant de gaz à effet de serre que la métropole de Londres.

Dans le détail, la production de bitcoins génère une impressionnante montagne de déchets électroniques impossible à réutiliser. Notamment parce que le système de minage, qui implique des calculs de plus en plus compliqués, encourage les mineurs à n'utiliser que des puces informatiques de dernière génération spécialement dédiées au minage. Lesquelles puces ont une durée de vie de 1,3 ans en moyenne selon le site Futura Science. Et lorsqu’elles ne fonctionnent plus, elles sont jetées à la poubelle.

Manque de transparence

De fait, l’appétit pour les monnaies basées sur la blockchain a explosé pendant le confinement. Leur valeur a été multipliée par dix en un an. Ce qui a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à s’y intéresser de près. L’instance estime que les crypto-monnaies font peser un risque sur la stabilité économique, notamment dans les pays émergents et recommande de renforcer leur surveillance internationale.

Dans son "Rapport sur la stabilité financière dans le monde", le FMI consacre un chapitre entier au risque posé par ces actifs numériques basés sur une blockchain et leur reproche leur manque de transparence et de gouvernance.

Une blockchain fonctionne, en effet, comme un registre partagé dans lequel chaque maillon de la chaîne inscrit une information codée, le tout formant un code ineffaçable. Sauf qu’aucune autorité centrale n'intervient pour réguler les flux. Les défenseurs de la blockchain estiment justement que c’est cette caractéristique qui assure la transparence et ils se félicitent du fait qu’il n’y ait pas de gouvernance centralisée.

Selon le FMI, c’est aussi l'anonymat des utilisateurs qui permet les transactions illicites et qui donc induit la mauvaise réputation de dispositifs comme le bitcoin. Outre les problématiques de financement du terrorisme que l’on adosse aux crypto-monnaies ou bien encore de cybercriminalité, il y a donc la problématique du manque de transparence qui va, là encore, à l’encontre de considérations responsables.

Des initiatives pour réduire la consommation d'énergie

Outre les performances financières des cryptomonnaies, les acteurs du secteur essaient de prendre des initiatives vertueuses. D’autres crypto-monnaies qui s’appuient sur la blockchain comme l’ethereum auraient selon une estimation faite par des chercheurs de l’université de Munich une consommation équivalente à seulement 16% de la consommation du bitcoin.

L’ether (la cryptomonnaie la plus populaire au monde après le bitcoin) a pris une décision majeure en mai dernier : à savoir celle de changer une partie de son fonctionnement et de passer d’un système dit de "proof of work" (preuve de travail) à un système de "proof of stake" (preuve d’enjeu) pour le minage des nouvelles pièces.

Cette nouvelle à l’époque a fait l’effet d’une bombe parce qu’elle pourrait changer radicalement la façon dont les cryptomonnaies sont produites et réduire de façon significative leur impact écologique. Il n’y aurait plus besoin ni d’alimenter des fermes d’ordinateurs surpuissants, encore moins de résoudre des calculs complexes.

L’Ethereum Foundation estime que le passage à la proof of stake pourrait permettre une réduction de la consommation d’énergie de 99,95%. Un chiffre à prendre avec des pincettes toutefois explique la fondation. Notamment parce qu’il "n’existe pas de statistiques concrètes sur la consommation d’énergie, ni sur le matériel utilisé".

Revoir les modes de production

Si les crypto-monnaies polluent, se révèlent spéculatives et manquent de transparence dans la mesure où aucune autorité centrale n'intervient pour réguler leurs flux, les concepteurs de crypto-monnaies ont pris la mesure de la nécessité pour eux de réviser leur mode de production pour verdir leurs monnaies. Des initiatives comme la "proof of stake" sont donc en cours pour parvenir à cette fin. Dans une récente note, l'Association pour le développement des actifs numériques (Adan), qui regroupe les principaux acteurs français du secteur (avec parmi les adhérents Coinhouse, Ledger ou encore Kaiko), avance également d'autres pistes pour réduire l'empreinte carbone du secteur. Comme le fait de permettre aux mineurs de crypto-actifs d'utiliser les surplus d'énergie et de flécher "une partie du rendement du minage vers le financement des énergies renouvelables".

Investir responsable en tablant sur les crypto-actifs reste donc complexe. Mais les évolutions sont en cours. Même les banques commencent à s’y intéresser de près. Le plus important étant de ne pas avoir une vision manichéenne et de rester vigilant si vous souhaitez miser dessus. N’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’AMF pour vous renseigner à ce sujet. Ce d’autant plus que ce n’est pas parce qu’il s’agit de monnaie numérique que les projets financés ne se révèlent pas réels et vertueux.

Julie Cohen-Heurton
https://twitter.com/juliecohen84 Julie Cohen-Heurton Journaliste & cheffe d’édition BFM Patrimoine