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Le "risque" Mélenchon-Le Pen angoisse les investisseurs 

Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'élection présidentielle de 2017, lors d'un meeting le 15 novembre 2016.

Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'élection présidentielle de 2017, lors d'un meeting le 15 novembre 2016. - Jean-Pierre Clatot - AFP

D'après les derniers sondages, Jean-Luc Mélenchon arriverait au coude-à-coude avec François Fillon au premier tour de l'élection française. De quoi inquiéter les marchés financiers, qui redoutent le programme économique du candidat de la France insoumise.

Jean-Luc Mélenchon est indéniablement le candidat qui marque cette fin de campagne présidentielle. Donné cinquième de l'élection derrière Benoit Hamon il y a seulement un mois, le candidat de la France insoumise est désormais au coude-à-coude avec François Fillon. Avec des intentions de vote, qui varient de 17 à 19% selon les instituts de sondages, il fait office d'outsider et sa présence au second tour n'est désormais plus un scénario à exclure. Cette percée commence d'ailleurs à inquiéter ses concurrents, mais également les marchés financiers, qui redoutent certaines des réformes économiques prévues dans son programme.

À commencer par ce qu'il pourrait advenir de la dette française. Selon le candidat elle "doit être rachetée par la Banque centrale européenne qui doit la transformer en dette perpétuelle de manière à ce que [les] États retrouvent le moyen de respirer". Le coût de son programme économique fait également trembler les marchés. Sur le quinquennat, il est évalué à 273 milliards d'euros, soit 8% de la dette et du PIB français. Pour les investisseurs, cela pose de sérieuses questions sur la soutenabilité de la dette française. Et donc au même titre qu'un "risque Le Pen", ils s'inquiètent d'un "risque Mélenchon"

Pour preuve, l'écart de rendement entre les obligations allemandes et françaises à 10 ans a fortement augmenté depuis une semaine. Alors que le "spread" entre les deux pays n'était que de 64 points jeudi dernier (45 points au début du mois de janvier), il oscille désormais autour de 75 points après avoir fortement monté vendredi à la suite de premiers sondages donnant Mélenchon devant François Fillon (voir graphique ci-dessous). Sur cette courte période, le rendement de l'OAT française a grimpé de 6 points à 0,965% tandis que celui du Bund allemand a perdu 4 points à 0,223%. 

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Les déficits vont aussi se creuser avec les autres candidats

Pour autant, peut-on imputer aux seuls candidats "populistes" la hausse des rendements français? Non si l'on en croit Christian Parisot, chef économiste chez Aurel BCG, qui indiquait en janvier dernier le manque de volonté des candidats de réduire les déficits. "Les investisseurs étrangers perçoivent aujourd'hui dans la campagne électorale française un vrai risque que l'on remette en cause la volonté de réduire les déficits budgétaires en France".

Et pour cause, outre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, François Fillon risque lui aussi de dégrader les comptes publics à court terme puisque dans son programme, le candidat des républicains et du centre anticipe un déficit autour de 4% en 2017, son but étant d'atteindre l’équilibre des comptes publics en 2022. Enfin, si Emmanuel Macron est le seul des candidats à s'être engagé à respecter la règle des 3% dès 2017, Coe Rexecode, un think thank libéral, estime toutefois qu'en cas d'élection du leader d'En Marche!, le déficit public atteindrait jusqu'à 5% en 2018 avant de se réduire et de tomber à 3,4% en 2022. En clair, les investisseurs craignent que le prochain président de la République ne fasse pas de la lutte contre le déficit public l'une de ses priorités.