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Italie : pourquoi les marchés ne paniquent pas (pour l'instant)

Les taux d'intérêt italiens ont beaucoup progressé en quelques semaines.

Les taux d'intérêt italiens ont beaucoup progressé en quelques semaines. - AFP

La tension est palpable sur les marchés financiers, alors que Giuseppe Conte est en train de composer le futur gouvernement du pays. Mais les craintes d'embrasement de l'Italie et de la zone euro sont limitées.

Sur les marchés, l'été risque d'être italien. Les investisseurs de la planète ont les yeux rivés sur la composition du futur gouvernement de Giuseppe Conte, le nouveau président du Conseil. Cet avocat de 53 ans a été choisi par le Mouvement 5 étoiles (M5S, anti-système) et la Ligue (extrême droite) pour diriger le pays. Ce n'est toutefois pas la personnalité discrète de ce professeur de droit, ni le fait que ce soit un novice en politique, qui inquiètent les marchés. C'est davantage le programme des deux formations politiques qu'il va devoir mettre en oeuvre.

Certes, M5S et la Ligue ne parlent plus ouvertement de sortie de l'euro. Mais leurs promesses budgétaires (baisse de l'âge de départ à la retraite, revenu universel, réductions massives d'impôts…) font tiquer les responsables politiques du Vieux continent. "Lorsqu'on ajoute les dépenses supplémentaires et les recettes en moins, on arrive à un coût de 100 milliards d'euros par an pour tenir ce programme", calcule Philippe Gudin, chef économiste Europe de Barclays. "Si 80% des mesures proposées sont mises en œuvre, il faut s'attendre à un déficit public qui passerait à 6% du PIB, contre 2,3% en 2017", renchérit Ana Boata, économiste en charge de l'Italie chez Euler Hermes.

Une dette abyssale

Or, l'Italie est l'un des grands pays européens les plus en difficulté. La dette, qui représente 132% de son PIB, est abyssale. Le chômage est toujours massif (10,8%) et la croissance ralentit (+1,5% en 2017 et +1,4% attendu en 2018). Résultat: les taux d'intérêt italiens grimpent depuis plusieurs semaines. L'Italie emprunte désormais à près de 2,4% sur dix ans. Ce taux était encore à 1,7% fin avril. Mais, surtout, désormais, l'Allemagne emprunte à 0,5% sur dix ans quand L'Italie doit accepter un taux de 2,4%. Autre signe d'inquiétude: l'euro recule face au dollar, la monnaie unique se négociant aujourd'hui à 1,17 dollar, contre encore 1,24 dollar début avril.

Sont-ce les prémices d'une nouvelle crise de la zone euro, comme en 2010-2012? Pas si sûr. "Les marchés ne croient pas encore à un risque systémique pour l'Europe", estime Xavier Baraton, directeur mondial des investissements obligataires pour HSBC Global Asset Management. "Nous ne sommes pas du tout dans la même situation qu'en 2010. La politique de la Banque centrale européenne est différente, et elle peut toujours accentuer ses rachats de dettes italiennes à court terme. La zone euro est également beaucoup plus solide avec l'union bancaire et le mécanisme européen de stabilité. La croissance économique est bel et bien là et les bilans des banques sont aussi beaucoup plus sains", ajoute-t-il.

Le précédent Syriza

Autre différence de taille: les effets de contagion sont beaucoup plus limités qu'en 2010-2012. "A elles seules, la BCE et la banque d'Italie détiennent 25% de la dette italienne", rappelle Philippe Gudin. Plus généralement, 69% de la dette italienne est détenue par les Italiens et seulement 5% des obligations émises par la péninsule sont détenues par des investisseurs non européens, selon Reuters.

Par ailleurs, si certains investisseurs s'inquiètent du discours anti-UE, "il faut rappeler qu'en Italie, il est nécessaire de modifier la constitution avant de pouvoir organiser un référendum sur la sortie de l'euro", explique Ana Boata. Dit autrement, avant d'enclencher un "Italexit", le nouveau gouvernement italien devra parvenir à changer la loi suprême du pays. Une gageure dans une Italie divisée.

Enfin, il y a le précédent Syriza en Grèce. Le parti politique avait pris le pouvoir en Grèce en 2015 sur une ligne radicale en promettant de rompre avec l'austérité. Trois ans plus tard, le parti d'Alexis Tsipras a davantage suivi les recommandations de Bruxelles que déclenché une révolution. Au point que le Parti de gauche français a récemment demandé d'exclure Syriza du Parti de la gauche européenne (PGE), qui rassemble les différentes formations de gauche et d'extrême gauche au sein du parlement européen.

Jean-Louis Dell'Oro