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Ce qu'on attend de la BCE en 2013

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La Banque centrale européenne tient, ce jeudi 10 janvier, à tenir sa première conférence mensuelle de l’année. Au-delà de ce premier rendez-vous, la banque centrale devrait, cette année, passer à l’action et mettre en œuvre son plan anti-crise.

Que projette Mario Draghi pour l’année 2013? Le président de la Banque centrale européenne (BCE) va tenir, jeudi 10 janvier, sa première conférence mensuelle de l’année.

Pour cette grande première, la majorité des analystes ne s’attend pas à de nouvelles mesures de soutien aux pays de la zone euro. A plus long terme, la BCE pourrait toutefois décider de passer à l’action. Voici un tour d'horizon de ce que l'institution pourrait réserver pour l'année 2013.

> 1/ Que la BCE mette en œuvre son programme de rachats de dette

En septembre 2012, la banque centrale a annoncé avoir mis au point un programme de rachat d’obligations à destination des pays en difficulté de la zone euro, nommé OMT (pour "Outright monetary transaction"). Le but est de faire baisser les coûts d’emprunts de ces Etats sur les marchés, et de diminuer la pression financière exercée sur eux.

Pour le moment, ce programme n’a pas encore été activé. Sa simple annonce a suffi à calmer les marchés et à faire baisser les taux d’emprunts de l’Espagne et de l’Italie, deux pays fragilisés au sein de l’union monétaire. Mais, pour les économistes de Capital Economics, la BCE va devoir passer à l’acte. "En 2012 elle a évité la catastrophe en assurant être prête à tout pour préserver l’euro. Mais en 2013, elle va devoir passer des paroles à l’action", écrivent-ils dans une note.

Plusieurs fois, au cours de ces derniers mois, la BCE a rappelé "être prête à agir" en ce sens. Le principal pays qui pourrait être "sauvé" par l’institution de Mario Draghi est l’Espagne. Pour bénéficier de l’appui de la BCE, Madrid devra auparavant solliciter une aide financière de la part de ses partenaires européens et subir un nouveau programme d’ajustement bdugétaire, ce qu’elle refuse pour le moment.

Mais à plus long terme, il semble inévitable que l’Espagne décide de céder. Jean-Luc Proutat, économiste responsable des économies OCDE chez BNP Paribas, estime ainsi que l’Espagne ne pourra se passer du soutien de la BCE.Il souligne aussi que l’Irlande, qui revient de plus en plus se financer sur les marchés, pourrait également solliciter les OMT.

> 2/ Qu'elle calme le jeu sur la baisse des taux

En décembre dernier, Mario Draghi avait indiqué en filigrane qu’une baisse des taux avait été évoquée au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. Mais depuis "les commentaires de la BCE se sont récemment multipliés pour calmer les anticipations sur une baisse des taux. Des questions se posent sur l’efficacité des canaux de transmission de cette mesure, qui pourrait ne pas suffire pour soulager les pays en difficulté de la zone euro", fait remarquer Cédric Thellier, économiste chez Natixis.

Il ajoute ainsi que "la BCE devrait essayer de temporiser au maximum au début de l’année 2013" et ainsi laissé inchanger son principal taux directeur, le taux de refinancement, qui est déjà au plus bas depuis juillet dernier, à 0,75%.

En réalité, tout va dépendre de l’évolution de l’économie européenne.Jean-Luc Proutat indique ainsi qu'"une variable clef est le chômage en zone euro, qui ne cesse d’augmenter. Et si au début de l’année, des signes d’amélioration de l’économie ne se matérialisent pas, la BCE pourrait bien abaisser son taux à 0,50%", explique-t-il.

Pour Cédric Thellier, le déclic pourrait également provenir d’une détérioration de l’économie européenne, qui pousserait alors la BCE à revoir sa copie et ses prévisions. "Si elle revoit à la baisses ses prévisions économiques pour 2013 et 2014, probablement en mars prochain, elle risque alors de ne plus pouvoir couper à une baisse de taux".

> 3/ Qu'elle s'organise pour devenir le gendarme des banques de la zone euro

"Il s’agit avant tout d’un enjeu de communication pour la BCE qui va s’efforcer de convaincre qu’il n’y pas de conflit d’intérêts en son sein", résume Cédric Thellier.

L’institution européenne va devenir le gendarme des plus grandes banques de la zone euro. Ce qui implique de nouvelles tâches et de nouvelles équipes pour la banque centrale. Tout l’enjeu sera de rassurer les plus sceptiques, notamment l’Allemagne, quant au cloisonnement entre d’une part les activités de supervision et d’autre part celles de politique monétaire. "C’est très clair, une muraille de Chine doit être construite", rappelle Laurent Quignon, économiste spécialisé dans la recherche bancaire chez BNP Paribas.

Pour lui, la BCE ne devrait pas avoir de difficultés à relever ce défi, car ce schéma mêlant supervision et politique monétaire existe aussi dans d’autres banques centrales, telle que la Banque d'Angleterre.

Le titre de l'encadré ici

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Vers d'autres mesures?

Patrick Artus, directeur de la recherche et des études économiques chez Natixis, considère que la BCE pourrait actionner de nouveaux leviers.

Dans une récente note, il explique que la BCE "devrait intervenir non pas sur les taux d’intérêt sur les dettes souveraines ou les dettes bancaires, mais directement sur les taux d’intérêt sur les dettes privées (ménages et entreprises)". Elle pourrait alors directement racheter des dettes émises par les entreprises, ou des produit dérivés de crédits bancaires.

Julien Marion