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Le patrimoine financier des ménages a baissé au niveau mondial, une première depuis 10 ans

Cette contraction mondiale serait liée d'une part à la diminution des prix des actifs financiers, d'autre part à une affluence d'argent frais.

Cette contraction mondiale serait liée d'une part à la diminution des prix des actifs financiers, d'autre part à une affluence d'argent frais. - Pixabay

Dans un rapport annuel consacré à la richesse mondiale, l'assureur Allianz met en exergue le fait que le patrimoine financier des ménages, calculé hors immobilier, a reculé de 0,1% en 2018. Une première depuis 2008.

Il mêle épargne retraite, dépôts bancaires et placements boursiers et il a reculé de 0,1% en 2018. Il? C'est le patrimoine financier brut des ménages dans le monde* que l'assureur Allianz s'est attelé, comme chaque année, à évaluer dans le cadre d'un rapport consacré à la richesse mondiale.

Calculé hors immobilier donc, ce patrimoine financier s'élevait à 172.500 milliards d'euros l'an passé, contre 172.760 milliards en 2017. Une tendance baissière qui, selon l'assureur, n'avait plus été constatée depuis 2008.

A qui la faute?

"L'année 2018 est l'annus horribilis de l'épargne mondiale", souligne Ludovic Subran, directeur de la recherche économique du groupe Allianz. Pour expliquer ce repli, il pointe notamment la guerre commerciale, le resserrement monétaire, ainsi que la chute de près de 12% des cours mondiaux des actions en 2018. Le tout cumulé, cette conjoncture a donc eu un impact direct sur le patrimoine financier brut des ménages.

Dans le détail, cette contraction mondiale serait liée à deux vents contraires, souligne le rapport. D'une part, la diminution des prix des actifs financiers, notamment des actions. Laquelle a fait fondre d'environ 3.000 milliards d'euros l'épargne financière des ménages au niveau mondial. De l'autre, une affluence d'argent frais estimée à 2.700 milliards d'euros qui a affiché un bond record de 22% en 2018. Une abondance de fonds principalement dynamisée par les ménages américains (+46% entre 2017 et 2018, soit 1.800 milliards d'euros) et qui, selon le document, serait la conséquence directe de la réforme fiscale menée par l'administration Trump. Cette dernière ayant été à l'origine de bénéfices "inattendus" pour les ménages américains qui les ont, ensuite, réinjectés majoritairement en valeurs mobilières (en Bourse notamment).

Une baisse beaucoup plus marquée en France

Plus spécifiquement sur le Vieux continent, la tendance n'est guère plus heureuse. Elle se révèle même pire que la moyenne mondiale. Les actifs financiers bruts des ménages ont en effet baissé de 0,2% en 2018, soit une révision de près de 60 milliards d'euros sur une année. Dans son rapport, Allianz pointe le fait que l'Europe "a souffert du report du Brexit, de la crainte d'une entrée en récession de l'Allemagne, des troubles politiques en Italie, de la crise des gilets jaunes en France et plus largement des tensions commerciales".

Or, ce repli européen n'a pas épargné la France. Selon l'assureur, la valeur des actifs financiers bruts des ménages a baissé de 0,8% en 2018, alors que l'endettement a, de son côté, augmenté de 3,8% l'an passé. "Baisse des actifs et hausse des passifs obligent, les actifs financiers nets (c'est-à-dire cette fois-ci en prenant en compte les dettes, NDLR) de la France se sont contractés de 2,7 % en 2018", relève par ailleurs Allianz. Là encore, cette tendance n'avait plus été observée depuis 2008.

Allianz revient également dans ce rapport sur les inégalités de patrimoine. "Fin 2018, les 10% les plus riches de la planète détenaient environ 82% des actifs financiers nets totaux", souligne ainsi l'économiste d'Allianz Arne Holzhausen, co-auteur du rapport. 

*Allianz se repose sur les données de 53 pays représentant 91% du PIB mondial. 

Julie Cohen-Heurton