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Le coût de l'intégration des réfugiés menace l'équilibre du budget de l'Allemagne

Les demandeurs d'asile pourraient être au nombre de 800.000 pour la seule année 2015 en Allemagne.

Les demandeurs d'asile pourraient être au nombre de 800.000 pour la seule année 2015 en Allemagne. - CHRISTOF STACHE / AFP

Le ministre allemand des Finances suggère de baisser les aides sociales accordées aux demandeurs d'asile pour éviter que l'Allemagne ne soit plus en mesure de présenter un budget à l'équilibre en 2016.

Le ministre allemand des Finances tient absolument à ce que l’Allemagne présente un budget à l’équilibre en 2016. Wolfang Schäuble s'inquiète donc de l'ampleur des coûts générés par l'arrivée des centaines de milliers de réfugiés qu’attend l’Allemagne sur la seule année 2015. Faudra-t-il s’endetter ou augmenter les impôts pour faire face aux milliards d'euros que le pays va devoir consacrer à l'intégration des demandeurs d'asile qui, pour la seule année 2015, pourraient être au nombre de 800.000, soit autant que les Français d’Algérie rapatriés au cours de l'année 1962? 

Wolfgang Schäuble a donc suggéré mardi 13 octobre de réduire le montant des aides sociales accordées aux réfugiés une fois leur demande d’asile acceptée. Un souhait qui a peu de chances d’aboutir car les autres partis y sont opposés, à commencer par son allié au gouvernement, le SPD. 

La question du financement de cette arrivée massive d'hommes et de femmes sur le sol allemand est d'autant plus complexe que l'Allemagne est un Etat fédéral. L’accueil des réfugiés n’est pas de la compétence de l’Etat mais de celle des communes qui bénéficient d’une prise en charge financière du Land où elles se situent. Cette dernière est très variable.

Les aides varient d'un Land à l'autre

Pour certains Länder, elle se limitera à 6 ou 7.000 euros par an et par réfugié. Mais d'autres sont plus généreux. Le riche Bade-Würtemberg, le seul d'Allemagne à être présidé par un écologiste s'est engagé à verser 13.000 euros par an et par personne. Une somme qui ne permet néanmoins pas de couvrir tous les frais engagés par les communes. Le coût estimé pour nourrir et loger un demandeur d’asile est de 1.300 euros par mois.

L’Etat fédéral aide ensuite les Länder. Il a prévu de leur verser 670 euros par mois et par demandeur d'asile en attente du traitement de son dossier. En théorie, il faut 5 mois pour valider la demande d'asile. Donc si l’Allemagne accueille 800.000 réfugiés cette année, le seul coût, pour l'Etat, de cette première phase s’élèverait à près de 2,7 milliards d’euros.

8% des réfugiés trouveront un emploi dans la première année

Après ces 5 mois, si la demande d’asile est acceptée, le réfugié quitte le foyer d’accueil. Mais s’il ne trouve pas un emploi, il bénéficie d’aides pour se loger, se vêtir et se nourrir. Il y a aussi la prise en charge des cours d’allemand indispensables à son intégration. Et les coûts des éventuels soins s’il tombe malade ou s'il l’était déjà en arrivant. Tout cela est très difficile à évaluer avec précision.

Pour les économistes, il faudra attendre plusieurs années avant que les dépenses engagées pour leur intégration ne soient compensées par les recettes générées par leur entrée sur le marché du travail. Prenant appui sur les statistiques déjà existantes en la matière, on peut estimer que 8% seulement des réfugiés trouveront un emploi dans la première année de leur arrivée sur le territoire allemand. Au bout de 5 ans, ils seront 50%. Mais il faudra attendre 15 ans pour intégrer dans le monde du travail la totalité des demandeurs d'asile. L'effort consenti par l'Allemagne est donc un investissement de long terme. 

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco