BFM Business

La gestion des trains en Corse étrillée dans un rapport

Bastia en Corse

Bastia en Corse - -

Depuis 2002, la Collectivité de Corse est propriétaire des infrastructures ferroviaires de l'île et en assure l'exploitation à travers une société d'économie mixte locale.

La gestion autonome du transport ferroviaire en Corse n'est pas une réussite. C'est l'avis très tranché de la chambre régionale des comptes qui évoque dans un rapport au vitriol un coût du train corse "six fois supérieur" à la voiture, une productivité insuffisante, des charges excessives.

Rappelons que la Collectivité territoriale de Corse, devenue Collectivité de Corse en 2018, est présidée depuis 2015 par l'autonomiste Gilles Simeoni est propriétaire depuis 2002 des infrastructures ferroviaires de l'île.

Elle dispose de la "totale maîtrise de la politique ferroviaire" mais "peine à en dessiner les priorités", relève la chambre dans son rapport, qui couvre trois mandatures, entre 2010 et 2020, et doit être prochainement rendu public.

"Omniprésence de la collectivité"

Dans un courrier daté du 3 février et consulté par l'AFP, Gilles Simeoni, le président autonomiste du conseil exécutif de la Collectivité, a répondu à la CRC en critiquant ce rapport, dont "nombre de conclusions" sont "contestables" sur la forme et le fond.

Il estime aussi que le rapport n'a pas "pris en compte le contexte exceptionnel" de la fusion en 2018 des deux conseils départementaux et de la collectivité territoriale en une collectivité unique.

L'exploitation des chemins de fer de Corse (CFC) a été confiée en 2011 à une société d'économie mixte locale (Seml), via une délégation de service public (DSP) "à la durée injustifiée" avec "une omniprésence de la collectivité", actionnaire majoritaire à 65%, dont le pilotage "ressort insuffisant et coûteux", souligne la chambre.

"Malgré l'accompagnement financier de l'Etat et de l'Europe", le rapport note que la Corse n'a toujours "pas engagé 77% des actions prévues" à fin 2019, du fait d'"une direction en charge de cette compétence sur-administrée mais sous-dotée en chargés d'opération".

Nombre d'heures effectives 28% inférieur aux TER

La chambre constate ainsi "un niveau de réalisation de 64 millions d'euros sur la période 2010-2019, contre 95 millions d'euros inscrits budgétairement et un retard par rapport aux programmations pluriannuelles de plus de 96 millions d'euros depuis 2010".

"Le coût d'exploitation au voyageur-kilomètre est près de six fois supérieur à celui d'une voiture et trois fois celui des Trains express régionaux" (TER), note la cour. Elle ajoute que "les charges de personnel", qui sont passées de 13,5 millions d'euros en 2010 à 18,4 millions en 2019, "tirent le coût d'exploitation".

"Seule l'augmentation de l'offre kilométrique et l'augmentation de la fréquentation sont de nature à diminuer" ce coût, souligne la chambre.

La juridiction assure aussi que "des marges importantes de productivité existent dans la plupart des services opérationnels, celles-ci s'élevant à 50% pour les conducteurs et à 80% pour les agents de train".

La comparaison avec les TER montre que le train corse a "la plus faible production kilométrique par agent, et que le nombre d'heures effectives est de 28% inférieur à ceux des TER".

OC avec AFP