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L'accord sur le Brexit, moindre mal pour l'économie française

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait estimé mi-décembre à seulement 0,1 point de produit intérieur brut (PIB) le coût du Brexit, avec ou sans accord

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait estimé mi-décembre à seulement 0,1 point de produit intérieur brut (PIB) le coût du Brexit, avec ou sans accord - Georges Gobet - AFP

Selon une note de Bercy, le Royaume-Uni était en 2019 le 6e client de la France et son 7e fournisseur.

L'accord sur les conditions de sortie des Britanniques du marché unique européen est positif pour l'économie française car il lève des incertitudes et des barrières tarifaires, mais le Brexit créera tout de même de nouveaux obstacles en pleine crise sanitaire.

Le partenariat économique et commercial avalisé lundi par les gouvernements des 27 permet un accès réciproque sans droits de douane ni quotas aux marchés de l'UE et du Royaume-Uni.

"Sans accord, plusieurs secteurs économiques exportateurs comme l'automobile ou l'agroalimentaire auraient été pénalisés par le rétablissement de droits de douane significatifs", a déclaré à l'AFP le ministre délégué au Commerce extérieur Franck Riester.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait estimé mi-décembre à seulement 0,1 point de produit intérieur brut (PIB) le coût du Brexit, avec ou sans accord, jugeant que quoi qu'il advienne, "les grands perdants, ce seront les Britanniques". La Banque de France avait de son côté évalué ce coût en l'absence d'accord à 0,2 point de PIB, soit un peu plus de 4 milliards d'euros.

"Des frottements et des frictions"

Selon une note de Bercy, le Royaume-Uni était en 2019 le 6e client de la France et son 7e fournisseur. Les échanges bilatéraux sont excédentaires pour la France avec 33,6 milliards d'euros d'exportations et 21,1 milliards d'importations.

Au-delà du rétablissement de droits de douane, un no-deal "aurait laissé sur la table tous les enjeux à traiter avec une incertitude maximum", concernant notamment la validité des contrats commerciaux, la reconnaissance des qualifications professionnelles, les transferts de données ou la lutte contre le terrorisme, relève Elvire Fabry, spécialiste du Brexit à l'Institut Jacques Delors.

Pour la chercheuse, on peut considérer que l'accord est "perdant-perdant parce que de toute façon le Brexit rétablit les frontières, des frottements et des frictions dans les échanges commerciaux, là où il y en avait pas". Mais il est aussi "un peu gagnant-gagnant parce qu'il minimise l'impact d'un no-deal, qu'il va bien au-delà du simple enjeu des tarifs douaniers et des quotas".

Dans les chaînes de production très intégrées du secteur automobile, très importantes pour l'économie française tout comme celles de l'aéronautique, les Européens ont obtenu des Britanniques qu'en vertu de la "règle d'origine", ils augmentent la part de la valeur produite localement d'ici 2027 pour pouvoir continuer à bénéficier d'une absence de droits de douane, explique encore Mme Fabry.

"Pas de période de transition"

Sur le sujet le plus âprement disputé, la pêche, le compromis est "assez satisfaisant" pour les Français, selon le directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, Sébastien Jean.

Et sur les règles pour une concurrence équitable ("level playing field"), le texte fournit d'après lui "un cadre dynamique dans lequel on devrait pouvoir gérer cette relation" et peut être vu comme "un point de départ d'une relation qui va être sujette à une renégociation permanente".

L'accord est "une bonne nouvelle mais il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni quitte le marché intérieur et que des mesures de contrôles aux frontières pour les marchandises seront réintroduites le 1er janvier", rappelle M. Riester.

De plus "sur les aspects réglementaires, douaniers, il n'y a pas de période de transition" concernant le commerce des biens, "donc c'est quelque chose qu'il va falloir appliquer dès début janvier dans un contexte de crise sanitaire" et qui "risque d'être difficile à gérer dans un premier temps, en tout cas", relève M. Jean.

Si l'agroalimentaire évite les droits de douane qu'aurait impliqués un no-deal, "il va y avoir quand même le surcoût des contrôles vétérinaires" et phytosanitaires, note aussi Mme Fabry.

"Nous serons très attentifs à l'évolution de nos flux commerciaux avec le Royaume-Uni et mettons d'ores et déjà tout en oeuvre pour accompagner nos entreprises et limiter les obstacles à leur développement sur le marché britannique", a assuré M. Riester.

PS avec AFP