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Venezuela: forte tension internationale

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- - Federico PARRA / AFP

Les Etats-Unis et les Européens affrontent les Russes à l'ONU autour du président autoproclamé Juan Guaido.

La réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU a duré cinq heures. Cinq heures de discussions et d'échanges parfois musclés sur la situation au Vénézuéla. Un rendez vous organisé à la demande des Etats-Unis, du Pérou et de la République dominicaine, et que la Russie a tenté d'empêcher, en vain.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompéo n'a pas mâché ses mots ce samedi, évoquant un «Etat mafieux illégitime»". Il demande fermement au président vénézuélien de ne pas s'en prendre aux diplomates américains dont l'expulsion a été ordonnée. «Ne testez pas notre détermination», a-t-il prévenu, A sa sortie du Conseil, il a dit espérer que les pays soutenant Juan Guaido mettraient «fin à leurs transactions financières avec le régime de Nicolas Maduro».

Parallèlement à cette session à l'ONU, Madrid, Paris, Berlin, Londres, Bruxelles et Lisbonne ont lancé un ultimatum à Nicolas Maduro: ils exigent la convocation d'élections dans les huit jours. A défaut, ces capitales reconnaîtraient l'opposant Juan Guaido comme «président» du pays. Ce dernier s'est félicité de la réponse «forte» des Européens.

De son côté, la Russie, soutenue par la Chine, dénonce une mise en scène et réclame la fin «d'une ingérence cynique et non-dissimulée dans les affaires d'un état souverain». L'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, accuse «les Etats-Unis et leurs alliés de vouloir renverser le président» du Venezuela. N'hésitant pas à parler de «coup d'Etat», le diplomate a fait valoir que la crise relevait d'une situation interne au Venezuela.

3 millions de vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015

Oui mais personne ne peut le nier, la situation à Caracas est chaotique. Près de 3 millions de personnes ont fui leur pays depuis 2015. Les mouvements de protestation contre le régime ont fait 26 morts en quatre jours, selon l'ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social, et plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, selon l'ONU.

Au sommet de l'Etat, le bras de fer se poursuit entre Juan Guaido, 35 ans, président du Parlement qui s'est autoproclamé "président" par intérim, et Nicolas Maduro, investi le 10 janvier pour un second mandat considéré comme illégitime par les Etats-Unis, l'Union européenne et la plupart des pays d'Amérique latine. Pour l'heure, les États-Unis sont le seul des cinq membres permanents du Conseil de sécurité à avoir formellement reconnu Juan Guaido comme président.

L'aggravation de la crise politique intervient en pleine débâcle économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10.000.000% en 2019, selon le FMI.

La crise ne date pas d'hier. Elle couve depuis le décès du président Hugo Chavez et surtout depuis l’effondrement des cours du pétrole en 2014, unique source de revenus pour ce pays de 35 millions d’habitants. En 2017, le Vénézuéla enregistre une inflation de 2.616% et un effondrement du PIB de 15%, selon les calculs du Parlement. En juillet 2018, le FMI annonce prévoir une inflation de 1.000.000% en six mois et une chute du PIB de 18% sur l'année. La crise économique a engendré des pénuries de nombreux produits, même ceux de première nécessité tels que la nourriture et les médicaments.

Pour tenter d'endiguer l'inflation galopante, le président Maduro a quadruplé la semaine dernière le salaire minimum, après déjà six réévaluations en 2018. Ce salaire minimum est passé de 4.500 à 18.000 bolivars par mois, soit un peu plus de 20 dollars au taux officiel. Une somme qui permet à peine d'acheter deux kilos de viande.

Le mouvement des gilets jaunes "s'invite" à l'ONU

Une situation évidemment incomparable avec celle de la France. Pourtant le diplomate russe Vassily Nebenzia n'a pas hésité à évoquer la vague de manifestations qui touche l'hexagone depuis plusieurs semaines: "Que penseriez-vous si la Russie demandait de discuter au Conseil de sécurité de la France (...) et des «gilets jaunes»?", a lâché le diplomate russe lors d'un échange avec son homologue allemand, Christoph Heusgen.

«Je rassure la représentante de la France, nous n'avons pas l'intention de saisir le Conseil de sécurité de cette situation», a toutefois précisé l'ambassadeur russe.

Un peu plus tard, l'intervention du chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza a aussi donné lieu à l'évocation du mouvement des «gilets jaunes». «De quel droit la France et d'autres posent un ultimatum de 8 jours» pour convoquer des élections au Venezuela, s'est-il insurgé. Avant d'ajouter: «Macron, au lieu de se pencher sur les «gilets jaunes» vient parler du Venezuela. (...) Mêlez-vous de vos affaires!».

Sandrine Serais