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Pourquoi New York est devenue l’Eldorado des start-up françaises

Axelle Lemaire, la secrétaire d'Etat au numérique, a attribué le label "French Tech" à New York

Axelle Lemaire, la secrétaire d'Etat au numérique, a attribué le label "French Tech" à New York - Timothy A. Clary - AFP

En 5 ans, New York est devenue une pépinière pour des centaines de start-up françaises qui se sentaient à l'étroit dans l'Hexagone. Le futur Facebook fait-il partie du lot?

Elles s’appellent Bobler, Content Square, Secret Media, PeopleDoc ou encore Teads et ce sont des start-up basées à New York. Jusqu’ici rien d’exceptionnel. Sauf que dans les locaux de ces petites pépites de l’internet on "speak french". Il s’agit en effet de start-up créées par des Français exilés dans "Big Apple". Des entreprises qui seront d’ailleurs regroupées sous le label French Tech Hub, l’équivalent à l’étranger des métropoles French Tech qui œuvrent au rayonnement des start-up françaises. Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au numérique, a ainsi fait le voyage pour annoncer la nouvelle aux "start-upers" locaux ravis qu’on parle de leur communauté de plus en plus importante.

Une centaine de start-up à haut potentiel

Car New York est devenue en quelques années "the place to be" pour les entrepreneurs français de la tech. "Nous en avons recensé une bonne centaine qui réalisent déjà un chiffre d’affaires ou qui ont développé un produit innovant mais il y en a beaucoup plus", estime Frédéric Montagnon, le fondateur de la plateforme de blog Overblog qui a depuis créé à New York Secret Media, un service qui permet aux médias de contourner les logiciels bloqueurs de pub.

Plus que cette centaine de start-up innovante, un autre chiffre dénote du dynamisme de cette "french touch" new-yorkaise. Sur les 850 start-up de la ville qui ont fait appel au financement par capital-risque ces cinq dernières années, 7% étaient françaises. "C’est du jamais vu, selon Frédéric Montagnon. Autant les Français ont un peu raté la première vague de l’internet, autant ils sont en train de bien réussir la seconde."

Pourquoi un tel engouement pour New York? Principalement pour la taille du marché potentiel. "En France on est limité et on sait qu’on ne réalisera pas de gros chiffre d’affaires, estime le patron de Secret Media. Or nous sommes sur des marchés où la concurrence est mondiale et où il faut tout de suite penser global comme Facebook et Google en leur temps." A l’heure où des Uber, Netflix et Amazon déploient leurs services sur l’ensemble de la planète, difficile d’imaginer faire son petit truc dans son coin. "D’autant, estime Arnaud Leretour, responsable Amérique du Nord de l’agence Business France (ex-UbiFrance), que les Français ont le vent en poupe dans les technologies comme notamment les biotechs et les services aux entreprises en ligne."

Des ingénieurs américains hors de prix

Pour ces nouveaux "entreprenautes", les Etats-Unis offrent la possibilité de se financer facilement. La métropole offre le plus dense tissu d’investisseurs de la planète avec des "VC" (venture capitalists), business angels, fonds de capital-risque... La palette est large et l’argent omniprésent quand en France ces sociétés ont souvent du mal à faire la deuxième levée de fonds (la plus difficile). Mais s’ils s’implantent outre-Atlantique, nos frenchies ne renient pas la France pour autant. Pour preuve, la majorité de ces start-up conservent leurs services de recherche et développement en France. Sans doute parce qu'elles bénéficient du crédit impôt-recherche mais pas seulement. "C’est très difficile de recruter un bon ingénieur aux Etats-Unis, beaucoup plus qu’en France où il nous coûtera en plus deux fois et demi moins cher", explique Frédéric Montagnon. La faute à la concurrence des géants de la tech qui font "leurs courses", carnet de chèque à la main, dans les meilleures universités du pays.

Reste à savoir si dans ce foisonnement de start-up françaises se cache le nouveau Facebook ou le futur Google? Sans doute pas pour le moment. Car ces entreprises opèrent pour la plupart dans les services aux entreprises comme le cloud, la gestion de données, la publicité en lign ou encore la finance. Les succès par exemple de Criteo (pub en ligne) ou Lending Club (financement participatif) sont éclatants mais elles n’ont pas l’aura des géants Gafa.

"Pour les services grand public c’est à l’ouest dans la Silicon Valley qu’il faut être, explique Frédéric Montagnon. Les Français pour le moment s’attaquent aux services aux entreprises car c’est plus facile pour commencer." La conquête de l’ouest attendra encore un peu.

Frédéric Bianchi